Éditoriaux

Comment la droite perd pied

LOOSE // Fin décembre, les élus charentais-maritime ont rejeté le projet de schéma intercommunal proposé par le préfet, et fortement appuyé par les leaders de la  majorité départementale. Cette petite surprise n’est qu’un nouvel épisode du délitement du pouvoir de la droite dans le département. Qui ne voit pas se qui se passe.

Claude Belot (premier à gauche) et Michel Doublet (premier à droite), deux sénateurs UMP du département. (photo : Nathalie Métayer)

Claude Belot (premier à gauche) et Michel Doublet (premier à droite), deux sénateurs UMP du département. (photo : Nathalie Métayer)

 

Salle Jean-Moulin, à la préfecture de La Rochelle, les élus ont fait de la résistance. Lundi 19 décembre, ils ont rejeté le projet de réforme de la carte intercommunale proposée par les services de l’Etat. Du côté des soutiens du projet, on a pu voir le préfet, Béatrice Abollivier*, en colère (même si elle a démenti) et certains des leaders de la droite départementale, notamment les sénateurs**, un peu les bras ballants après cette défaite.

A 25 voix contre et 20 pours, l’échec est très rude pour la droite. Pas habitué à perdre dans ce genre de conseils d’élus, depuis 25 ans qu’elle « tient » la Charente-Maritime. La gauche n’y est pourtant pas majoritaire, loin de là même. Alors, pourquoi cet échec ?

Deux types de raisons

Il y a d’abord des raisons conjoncturelles, directement liées au problème de la réforme intercommunale. Ce genre de redécoupage ne fait jamais que des heureux, chacun le comprend.

Durant les réunions préparatoires au vote final, nombre d’amendements avaient déjà été rejeté. Mais dans ces réunions, il fallait une majorité des deux tiers de votes favorables pour l’emporter.

Or, certains de ces amendements défaits avaient quand même recueilli une majorité simple des suffrages. C’est notamment le cas du dossier de la futur Communauté d’Agglomération de Saintes.

Le 19 décembre, la majorité simple suffisait pour gagner. La somme des mécontents a suffit. On se demande alors pourquoi le préfet est tout de même allé au vote. Peut-être à cause de l’aveuglement de ses soutiens, les grands élus de la droite locale. C’est là la deuxième grande raison du résultat.

Vieux schémas

La droite départementale a gardé ses vieux schémas politiques. Autrefois, tout réussissait au camp qui détenait le conseil général. Pour peu qu’il avait une gestion pas trop politique.

On obtenait le soutien des « petits élus » à coup de subventions pour la réfection de l’avenue principale de la commune. En échange, ils soutenaient les candidats de la majorité départementale aux différentes élections.

Il ne s’agit pas ici de décrire le cas spécifique de la Charente-Maritime. C’est comme cela que fonctionnaient bon nombre de départements jusqu’à il y a peu.

Mais le notre est tout de même un cas d’école. Il n’y a qu’à voir le nombre des élus qui ont viré leur cuti en 1985, au basculement du conseil général à droite. Certains avaient même déjà commencé avant, sous la présidence socialiste de Philippe Marchand***, jugée trop politique…jusque chez les radicaux de la majorité de gauche.

La droite départementale raisonne toujours en baronnies, en zone d’influence de ses personnalités. Les deux exemples les plus symptomatiques sont la Haute-Saintonge et Saint-Porchaire (voir encadrés).

Le cas de la Haute-Saintonge

Au sud du département, en Haute-Saintonge, règne depuis des décennies Claude Belot. Conseiller général du canton de Jonzac de 1970 à 2008, maire de Jonzac depuis 1977, président du conseil général de la Charente-Maritime de 1994 à 2008, sénateur depuis 1989 et président de la Communauté de Communes (CdC) de Haute-Saintonge depuis 1992, sa création. N’en jetez plus.

C’est la plus grande Communauté de Communes de France et le projet préfectoral prévoit sa fusion avec la CdC de la région de Pons. Surprise dans la salle : « bientôt, il faudra annexer une partie de la Charente et de la Gironde pour faire plaisir à Belot » peut-on entendre, à mots couverts.

Surprise aussi car, ses dernières années, on entendait plus souvent parler d’une fusion entre Pons et Gémozac. Deux petites CdC qui auraient gagné en importance entre ses puissants voisins : Haute-Saintonge, Saintes et Royan. Pourquoi pas ce choix, alors ?

Claude Belot a 75 ans. Il va bien falloir trouver un successeur d’envergure (et de droite) pour tenir une si grande CdC. Il n’y en a pas dans l’actuel périmètre. En revanche, juste à côté, un autre sénateur UMP s’ennuie dans sa minuscule CdC de Pons. Daniel Laurent, un parfait successeur de Claude Belot à la tête de la CdC de Haute-Saintonge. Le tour de passe-passe est simple.

Le cas de Saint-Porchaire

Cela fait des années que la droite bloque les divers projets de transformation de la CdC du Pays Santon (autour de Saintes) en Communauté d’Agglomération (CdA). Beaucoup de pouvoir donné, probablement, à la gauche au coeur du département : hors de question.

Le projet de base du préfet crée bien un CdA à Saintes, mais a minima. De nombreuses communes intéressées n’en font finalement pas partie. Les polémiques se concentrent au sud et à l’ouest. Au sud, le problème est lié à l’agrandissement de la CdC de Haute-Saintonge, expliqué par ailleurs.

A l’ouest, on touche aux plates bandes d’un autre sénateur UMP : Michel Doublet, conseiller général de Saint-Porchaire depuis 1982. Depuis 1993 existe une CdC, « Charente-Arnoult-Cœur-de-Saintonge »*, d’une cohérence comme on en fait plus. Le nom à rallonge en est d’ailleurs une bonne preuve.

De ce côté là, le découpage est pour le moins compliqué. La carte le montre.

La commune de Corme-Royal est empêchée de rejoindre Saintes, mais pourquoi ? Les raisons ont tout l’air d’être politiques. Il semble bien que le rattachement de Corme-Royal n’est qu’un seul but : pouvoir rattraper aussi Luchat.

Luchat. La commune d’un certain Jacki Ragonneaud, président de l’actuelle CdC Seudre-et-Arnoult. C’est aussi lui qui a été envoyé au casse-pipe par l’UMP pour la cantonale de 2011 à Saujon. Lui et son parti se sont ridiculisés avec seulement 17,0 %, dans ce canton sociologiquement à droite, face à Pascal Ferchaud (50,5), le sortant PRG, et face au Front National (20,2).

La ficelle est donc un peu grosse. Pourquoi rattacher Pisany et Thézac à Saintes, mais pas Luchat ? Un non sens total !

On se demande aussi pourquoi on ne rattache pas Nieul-lès-Saintes, actuellement chez Michel Doublet, à Saintes ? La commune est pourtant limitrophe à la sous-préfecture. Le fait que le village vote à droite, contrairement aux autres communes de son canton de Saintes-ouest, est-il la raison ?

Michel Doublet ne manquait pas d’humour, en mai dernier, lors de la présentation des propositions du préfet. Lui qui a longtemps été l’un des principaux opposants à une CdA à Saintes y annonçait qu’il n’était plus défavorable. À condition qu’elle soit de droite. Certes, il ne l’a pas dit comme ça. Mais sa proposition d’une CdA de Saintes qui engloberait, carrément, les CdC de Gémozac et Cœur-de-Saintonge, revient au même.

*Elle s’est d’abord appelée de 1993 à 1998 CdC du canton de Saint-Porchaire.

D’autres échecs

Mais aujourd’hui les « petits élus » ne sont plus le doigt sur la couture du pantalon. Les « grands élus » de la majorité ne peuvent plus imposer leurs choix aussi facilement. De même, la droite ne peut plus se permettre de présenter n’importe qui, avec l’étiquette UMP, pour n’importe quel poste.

Et ça commence à se voir. Déjà au printemps dernier la droite maritime avait connu un échec surprenant au Schéma d’Aménagement et de Gestion de l’Eau (SAGE) de la Charente****. L’ultra favori UMP, Robert Chatelier, maire de Soubise et conseiller général de Saint-Agnant, fut largement battu par Patrick Moquay, maire PS de Saint-Pierre-d’Oléron et président de la CdC de l’île.

Robert Chatelier s’était fait remarqué par ses déclarations sur la sécheresse du printemps dernier. « Je suis monté en haut de la tour de Broue et il y a de l’eau dans les marais. » Une manière comme une autre pour cet exploitant agricole de dire que la sécheresse n’est pas si grave…et donc que les agriculteurs peuvent irriguer, y’a pas de problème !

Alors le SAGE, où la gauche n’est pas particulièrement majoritaire, a renvoyé ce candidat, certes de droite, mais pas très sérieux. « On a beaucoup travaillé pour faire élire Patrick Moquay » ajoute quand même un des élus de gauche qui a participé au travail de lobbying.

De la politique ?!

Mais les électeurs aussi commencent à voir que, parfois, la droite les traite un peu par dessus la jambe. Nous en avons déjà parlé pour les cantonales, dans les secteurs où la majorité départementale se croit toute puissante.

À Saujon et surtout Marennes, le canton le plus à droite du département jusqu’à il y a peu, elle a laissé se présenter trois candidats… Tous éliminés dès le premier tour pour laisser PS-PRG et FN s’expliquer au second tour. Et le canton a basculé à gauche.

Le 19 décembre, après le rejet du projet de redécoupage intercommunal, les sénateurs et le président du département se sont indignés d’un « vote politique ». Mince ! Des élus locaux qui font de la politique ? Oui, comme nous le répétons depuis des mois, la vie locale est, aussi, politique. La droite départementale va-t-elle profiter de 2012 pour ouvrir des yeux ?

*Il faut noter qu’elle n’a été nommée en Charente-Maritime que cet été. C’est son prédécesseur, Henri Masse, qui avait dévoilé le projet « de base » de la préfecture, début mai 2011.

**Dominique Bussereau (UMP), président du conseil général et député de la circonscription de Royan-est – Haute-Saintonge avait quitté la réunion pendant le vote.

***Président du conseil général de 1982 jusqu’au basculement à droite, en 1985.

****Patrick Guilloton, définissait dans Sud-Ouest en juin dernier le SAGE : « Le SAGE de la Charente est le plus important de France et il regroupe les départements de Charente et de Charente-Maritime. Il est fort de 84 membres. Le collège des élus est le plus important avec 44 personnes, des maires, des conseillers généraux et régionaux. Les 40 autres participants représentent divers syndicats des eaux, mais aussi les usagers (cela va des irrigants en passant par les pêcheurs à la ligne et les amateurs de canoë) ainsi que les services de l’État. »

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Une réponse à “Comment la droite perd pied”

  1. Dans 9 janvier 2012 à 11:29 colas répondu avec... #

    Et le cas de Charron, n’oublions pas le va-et-vient de Charron dans la carte de la CdA de LR. Un jour Charron a disparu du schéma, et Vérines (entre autres) est apparu…
    Malgré un amendement réaliste et argumenté sur la fameuse logique littorale, appuyé par Yann Juin (maire voisin d’Esandes et Conseil Général PRG – http://charron17.over-blog.com/article-amendement-de-charron-89365297.html), les 2/3 nécessaires n’ont pas été atteints, malgré une majorité de 22 voix pour et 20 contre.
    Pourtant une vraie logique rattache Charron à la CdA de LR, plutôt qu’à une hypothétique CdC Aunis Nord qui est loin d’être prête à fonctionner…

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