Analyses électorales

Les 7 questions du premier tour.

Dimanche soir, 20h, les estimations TNS-Sofrès sont apparues sur les écrans de France Télévisions. (photo : France 2)

Dimanche soir, 20h, les estimations TNS-Sofrès sont apparues sur les écrans de France Télévisions. (photo : France 2)

LRpol inaugure ce jeudi toute une série d’analyses de ce premier tour de scrutin en Poitou-Charentes. Cela commence par un balayage rapide de tous les résultats, partis par partis et des commentaires qui en ont été fait.

Quand Jean-Pierre Raffarin ou Dominique Bussereau disent que le score de Ségolène Royal est mauvais, car 7 points en dessous de celui de 2004, ont-ils raison ?

Non ! C’est sans doute la plus grande des inepties que l’on a pu entendre dimanche soir. Et pour tout vous dire, pendant que Florian Ringuedé était en train d’interroger la tête de liste de l’UMP, avec le politologue Dominique Breillat, on n’en revenait pas. La liste PS-PRG recueille donc 38,98 % des voix contre 46,29 % en 2004 pour une liste PS-PRG…PCF-Verts ! Les deux principaux leaders de la droite ont la mémoire bien courte. La vraie comparaison pour la gauche, c’est en additionnant les résultats des listes Royal (PS-PRG), Coutant (EE) et Jean (FdG) qu’on l’obtient. Ces trois là recueillent, tenez-vous bien, 55,56 % soit un gain de près de 10 points en six ans pour les trois anciennes composantes de la majorité. Alors, bien sur, cela ne veux pas dire qu’une liste unique aurait fait ce même score. Néanmoins, ces électeurs là on bien donné leur voix, et leur soutiens, à ceux qui ont dirigé la région pendant le dernier mandat.

Dominique Bussereau a-t-il raison quand il dit que son 29,46 % est un bon résultat pour l’UMP dans une « région difficile » ?

Non, et sur les deux parties de l’affirmation. Comment passer de 38,7 % en 2004 (UMP+CPNT) à 29,46 % en 2010 (où CPNT est intégré à la liste UMP) peut être considéré comme un bon résultat ? Perdre 9 points, ce n’est pas seulement un mauvais score, c’est un effondrement. Un effondrement en termes de pourcentage, mais aussi dans l’analyse géographique. Dimanche, sur les 157 cantons du Poitou-Charentes, les droites (UMP+FN) ne sont arrivées devant les gauches (PS+EE+FdG+NPA+LO) que dans 11 cantons, dont 5 seulement avec une majorité absolue de suffrages, tous en Charente-Maritime. Elles sont même complètement noyées par un grand chelem des gauches en Charente et dans la Vienne, où c’est une vraie surprise, notamment dans le nord du département. Or, comment dire que le Poitou-Charentes est une région difficile alors que la majorité présidentielle détient toujours deux des quatre conseils généraux ? Nicolas Sarkozy a, le 6 mai 2007, certes perdu dans notre région mais a recueilli le score très honorable de 48,7 %. La droite a dirigé cette région pendant 18 ans, on oubli bien vite à droite qu’en 2004, tout les militants disaient qu’il s’agissait d’une parenthèse, d’un accident électoral.

Peut-on raisonnablement faire des analyses sur un scrutin qui a vu 53 % des électeurs rester chez eux ?

Oui, parce que les résultats des élections sont calculés sur ceux qui se sont exprimés. Les absents ont toujours tort. Alors, bien entendu, il faut relativiser les résultats, mais on ne saurait jeter à la poubelle les résultats de cette élection car, de toute façon, elle fera foi. Avoir plus de 50 % d’abstention à une élection, ça fait très peur, c’est même révoltant et cela doit tous nous interroger. Néanmoins, si le problème démocratique est un débat qui mérite qu’on s’y intéresse de très près, il ne rentre pas, où très peu, dans l’analyse des résultats. Comment peut-on supporter d’entendre que si les résultats sont ceux là, c’est parce que ce ne sont pas les bons électeurs qui se sont déplacés ?

Les 11,9 % d’Europe Ecologie sont-ils décevants ?

Non, dans le sens où les écologistes conservent, à 3.000 voix près, leurs électeurs de juin dernier lors des élections européennes. Oui, dans le sens où il n’y a pas eu la dynamique annoncée. Néanmoins, avec plus de 10 % à deux élections de suite, le bilan est quand même globalement positif. Europe Ecologie, dans l’hypothèse, fort probable, d’une victoire de la liste Royal au second tour, aura 9 sièges, et même 11 en ajoutant les deux ex-verts déjà présents sur la liste PS-PRG au premier tour. Dans le prochain conseil régional, les écologistes représenteront près de 20 % des élus et sans doute une part très importante de l’exécutif. Election réussie.

A 4,7 %, le Front de Gauche doit-il être déçu de son résultat ?

Forcément, à quelques voix des 5 % qui lui auraient permis de fusionner avec le reste de la gauche, il a de quoi être enragé. Néanmoins, l’alliance du Parti Communiste et du Parti de Gauche réalise le score qu’il devait réaliser. La sensibilité communiste dans la région représente moins de 5 %, cela fait un moment qu’on le sait, et nous avons eu dimanche dernier une simple confirmation. Les rêves fous nés des européennes, basés, il faut quand même le rappeler, sur un gain de 0,4 point entre 2004 et 2009, mettent le PCF dans une situation financière encore plus délicate qu’elle ne l’était déjà. A moins de 5 %, il faut rembourser une ardoise de 120.000 euros. Cet échec est normal et était prévisible.

Et le MoDem à 4,4 %, c’est fini ?

Non, bien sur que ce n’est pas fini, mais enfin ça sent sacrément le sapin. C’est d’autant plus décevant pour le Mouvement Démocrate que, même si les sondages le laissaient entendre ces derniers jours, là, on ne peut pas dire comme pour le Front de Gauche qu’on le savait depuis longtemps : le FdG perd 0,3 point par rapport aux européennes, le MoDem, lui, en perd 2,88 points. Mais pour être tout à fait honnête, et faire plaisir aux démocrates si fiers de leur union avec l’Alliance Ecologiste Indépendante, il faut additionner le score du MoDem de juin 2009 à celui de l’AEI, soit 11,33 %. Pascal Monier perd donc près de 7 points. Le plus embêtant pour le MoDem, c’est qu’il se retrouve marginalisé, loin de toutes les convoitises de certains socialistes. Car même après son échec des européennes, ceux-là voyaient bien qu’un MoDem à 8 % restait essentiel à la construction d’une majorité face à l’UMP. Là, à 4 %, comme de nombreux éditorialistes l’ont dit, le parti de François Bayrou est menacé d’inutilité politique. Du coup, et bien chez les démocrates, on perd un peu son sang froid, il suffit, pour s’en persuader, d’aller lire quelques billets sur la blogosphère orange, comme sur le blog deux-sévrien, Orange sanguine. Dans notre région, il sera intéressant de voir quelle sera la suite. Car les démocrates auront bien des élus, 3 au sein du nouveau conseil régional en cas de victoire de la présidente sortante. Ils pourraient être bien utiles dans un MoDem en perdition. Même à Poitiers, où le parti avait percé lors des municipales de 2008, il n’y a pas eu de sursaut. C’est dans le nord de la Vienne que le MoDem arrive tout juste à respirer avec parfois plus de 10 %.

Que veut dire la donne résistance du Front National dans notre région, à 7,7 % des voix ?

Les 7 ou 8 % que donnaient les sondages dans notre région au FN étaient surprenant car très proche de la moyenne national que ces même sondages donnaient au parti des Le Pen. Avec une extrême-droite à 12 % au niveau national contre 7 % dans notre région, la surprise est déjà moins grande. Le Front National réalise l’un de ses plus mauvais scores chez nous, sans pour autant qu’on l’on puisse dire qu’il est totalement mauvais car il illustre une remontée du parti après des législatives et des européennes calamiteuses. Néanmoins, cela ne lui permettra pas d’avoir des élus, il perd donc, pour la première fois de son histoire, sa représentation au sein du conseil régional. Dominique Breillat le notait dès dimanche soir sur le plateau de France 3 Poitou-Charentes, l’électorat du Front National a changé. Il est devenu, plus qu’avant, rural. Il dépasse les 10 % dans les cantons du nord-Vienne de Loudun, Moncontour, Les Trois-Moutiers et obtient même 12 % à Lencloître. Pareil pour les cantons très ruraux du sud de la Charente-Maritime (Cozes, Montguyon, Mirambeau, Saint-Porchaire, Montlieu-la-Garde). On trouve quelques exceptions à cette règle dans les régions urbaines de Royan-Marennes-Oléron en Charente-Maritime et de Châtellerault dans la Vienne.

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3 réponses à “Les 7 questions du premier tour.”

  1. Dans 19 mars 2010 à 21:14 Orange Sanguine répondu avec... #

    cher LRpol:
    tu écris « les démocrates auront bien des élus, 3 au sein du nouveau conseil régional en cas de victoire de la présidente sortante. Ils pourraient être bien utiles dans un MoDem en perdition.  » non ! Il n’ y aura aucun élu Démocrate au Conseil Régional. Si on a pris un gadin, le modem régional n’est pas en perdition.

    Le très mauvais résultat résulte de plusieurs facteurs dont le plus important est l’absence d’une ligne politique claire et lisible pour notre électorat, nos adhérents et nos élus qui dans leur immense majorité ne veulent pas d’une alliance avec l’UMP mais aussi aucune alliance avec le PS. Les deux régions Aquitaine et Basse Normandie qui avaient annoncé clairement que les listes Modem se retireraient au second tour si elles ne faisaient pas 10% ont fait les meilleurs scores de notre mouvement dans ce contexte d’abstention massive.
    Nous n’avons pas fondé le Modem pour faire copain-copain avec le PS et encore moins avec le Parti Communiste.
    Quand on aura « virer » De Sarnez, ça ira mieux !

  2. Dans 20 mars 2010 à 10:25 Pierre Garrat répondu avec... #

    J’entend ce que vous dite. Mais voilà, nos institutions (que je dénonce vivement) ne supportent pas les partis hors coalitions. C’est pour cela que votre stratégie, dans la Vème République, est, à mon avis, vouée à l’échec.

  3. Dans 21 mars 2010 à 14:00 Orange Sanguine répondu avec... #

    Sauf si tu es dans les 2 premiers à l’arrivée ! Ensuite, ils sera grand temps de changer les instituions. Le PS l’a promis maintes fois mais ne l’a jamais fait.

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