Faites vos jeux, rien ne va plus.

La salle Lawson-Body, à Poitiers, jeudi soir après la fin du meeting de Ségolène Royal. (photo : Pierre Garrat)
Sur les débris de cette campagne du premier tour de l’élection régionale de 2010 en Poitou-Charentes, il est temps de faire un bilan des différentes campagnes et aussi de faires quelques pronostics sur les résultats de dimanche soir.
Ségolène Royal ou de l’art de se compliquer les campagnes faciles.
La présidente de région sortante aurait pu avoir une campagne d’une facilité extrême. Mais non. Elle pense sans doute qu’à vaincre sans péril on triomphe sans gloire et c’est, bien entendue, son objectif. La candidate socialiste s’est elle-même mis trois gros bâtons dans les roues. La première « erreur » a été de concocter des listes déséquilibrées géographiquement et politiquement. Au PS de Charente-Maritime, on se serait bien passé de la meurtrière polémique du mois de novembre entre Olivier Falorni et Denis Leroy. De cela, au sein des socialistes rochelais, il en sera encore question pendant quelques mois voire quelques années car, en arrière-fond, il y a les prochaines municipales et elles ne sont « que » dans quatre ans. La seconde, c’est l’invitation du MoDem sur la liste. Bien sur, politiquement c’est un bon coup en vue de 2012 mais localement, c’est mal passé. Résultat, de nouveaux problèmes sont apparus au sein du PS (parfois avec les mêmes protagonistes), certains sont même partis au Front de Gauche et surtout, cela complique extraordinairement les fusions d’entre deux tours avec ce même Front de Gauche mais sans doute aussi avec Europe Ecologie. Et on arrive justement à la troisième erreur de Ségolène Royal, avoir pris des membres des Verts sur sa liste. Encore une fois, c’est vrai, il s’agit d’un joli coup politique et il montre qu’elle sait rassembler. Elle avait besoin de le faire. Cela n’en est pas moins, à mon sens, une erreur et peut-être même une faute politique grave si jamais la question des « ex-Verts » venait à créer les conditions d’un maintien de la liste Europe Ecologie au second tour, et on n’en est pas loin.
Néanmoins, on ne peut pas reprocher à la majorité sortante (enfin, ce qu’il en reste jusqu’aux résultats du premier tour) de s’être reposé sur ses lauriers pendant la campagne. Le PS a mené une campagne tambour bâtant, « à la rochelaise » pourrait-on dire. C’est-à-dire avec énormément de réunions jusqu’à en étouffer l’adversaire. Certains militants finissent cette campagne littéralement sur les rotules.
Dominique Bussereau ou la campagne sans prise de risque.
Il s’autoproclame, en privé, le « malgré-nous » de ces régionales. C’est dire l’enthousiasme dans lequel il est parti dans cette campagne. On s’en est suffisamment fait l’écho ici. Celui qui est président du conseil général de la Charente-Maritime et secrétaire d’Etat aux transports n’est en fait jamais sorti de ses deux rôles. C’était notamment marquant lors du duel organisé par France 3 Poitou-Charentes fin février. Le thème sur lequel il a été le plus à l’aise fut celui des transports et ses propositions étaient souvent des transpositions de politiques départementales déjà appliquées en Charente-Maritime. Il a voulu une campagne à minima et il l’à eu. Il y a eu des réunions publiques, c’est vrai, mais souvent dans des communes « sans risque ». Quand il s’agissait de faire campagne dans l’agglomération rochelaise, on allait faire meeting à Lagord, l’un des derniers bastions de la majorité présidentielle dans la zone. Et puis, bien sur, le passage de la tempête Xynthia sur son département n’a rien arrangé et l’à poussé à quasiment annulé son avant-dernière semaine de campagne avant de la reprendre, timidement, ces derniers jours.
Lui non plus n’a pas été épargné par les problèmes de compositions de listes. C’est vrai, cela n’a pas atteint, et de très loin, les proportions médiatiques de la polémique au sein du PS 17. Il faut tout de même noter les critiques, notamment du maire UMP de Chauvigny, dans la Vienne, d’abord pressenti pour être candidat et qui a finalement décliné l’offre. Il reproche à la majorité présidentielle d’avoir fait la part belle aux « fils et filles de ». Et c’est vrai que les listes de l’UMP ont un petit côté « princes et princesses » avec au moins trois enfants de personnalités de la droite locale. Enfin, deux dérapages ont émaillé la campagne de l’UMP, le premier avec la tête de liste elle-même (sur les harkis sur Europe 1) et le second avec Jean-François Douard qui avait qualifié, lors d’un meeting dans sa ville, Lagord, la gestion de la région par Ségolène Royal de « dictatoriale », allant même jusqu’à la comparaison avec l’Allemagne nazi. Le truculent maire divers droite de cette commune de la banlieue rochelaise est connu pour son vocabulaire politique un peu daté. En 2008, après avoir perdu son siège de conseiller général de La Rochelle-9 aux profits du PS, il avait stigmatisé la victoire des « socialo-bolchéviques ».
Françoise Coutant ou la vague européenne.
Il faut reconnaitre à Europe Ecologie son originalité bienvenue dans la tenue des campagnes électorales. C’était déjà le cas lors des européennes, avec le succès que l’ont sait, ils sont resté sur la même lancée pour ces régionales. Cela réside dans des réunions thématiques disséminées sur tout le territoire. Néanmoins, on a parfois le sentiment qu’il s’agit d’enjeux bien extérieur à ceux de la région. Attention à l’éparpillement : on a suffisamment dit après les européennes que les électeurs avaient donné une prime à ceux qui avaient parlé d’Europe.
Avant même les résultats du premier tour, on peut sans doute dire que la campagne est réussie car Françoise Coutant à réussi à mettre Europe Ecologie constamment au centre des enjeux, que le débat soit programmatique ou strictement politicien. D’ailleurs, après le meeting national de La Rochelle, qui a pour le moins fait le buzz, où Cécile Duflot annonçait qu’il pourrait très bien y avoir une triangulaire en Poitou-Charentes au second tour, on a bien cru que la campagne allait se focaliser sur le duel à gauche. La tempête Xynthia en a décidé autrement. Mais il ne faut pas s’y tromper, le succès des écologistes résidera dans une plus grande place au sein du nouveau conseil régional. Serge Morin, tête de liste dans les Deux-Sèvres, le disait l’été dernier lors des journées d’été des Verts à Nîmes : « réussir les régionales, c’est avoir plus d’élus que dans la précédente assemblée ».
Gisèle Jean ou la stratégie de la nationalisation (dans tout les sens su terme).
Les trois sondages qui ont rythmé la campagne picto-charentaise donnent la liste du Front de Gauche entre 5,0 et 5,5 % des voix. Si cela venait à se confirmer, ce serait un succès pour le Parti Communiste (enfin, sauf pour celui de Charente-Maritime) et ses partenaires de coalition. Ce qui a marché, ce n’est pas la candidature de Gisèle Jean, à mon humble avis la moins convaincante, notamment lors du premier débat organisé par France 3 Poitou-Charentes. La bonne stratégie semble avoir été celle de la nationalisation du scrutin et le Front de Gauche en général, pas seulement en Poitou-Charentes, semble en profiter si on en croit les sondages. Néanmoins, s’il n’y avait pas fusion, les communistes disparaitraient du conseil régional pour la première fois de son histoire. Les bons scores ne remplacent pas la présence dans les institutions.
Jean-Marc de Lacoste-Lareymondie ou la campagne à l’économie.
C’est le site rochelais Ubacto qui le notait il y a quelques jours : le Front National n’a tout simplement pas fait campagne en Poitou-Charentes. Pourtant, il est donné à 7,0 ou 8,0 % dans les sondages, un niveau étrangement élevé alors que nationalement, le FN est donné à 8,0 ou 9,0 %. Pour mémoire, en 2004, le parti de Jean-Marie Le Pen faisait 16,0 % au niveau national et seulement 10,5 % en Poitou-Charentes.
Pascal Monier ou la vie après Alexis Blanc.
Si on a beaucoup parlé du MoDem en début de campagne, c’est surtout grâce à Alexis Blanc, chef du parti en Charente-Maritime et candidat sur la liste…Royal. Visiblement, le Mouvement Démocrate a eu beaucoup de mal à se remettre des très fortes tensions internes qu’il a connu en décembre et janvier. Les militants tentent de se rassurer avec l’alliance avec Génération Ecologie et se raccrochent aux 4 % que la liste d’Eva Roy avait enregistrés dans notre région aux européennes. Si on en croit les sondages, cela n’a pas tellement pris et « l’effet GE » se fait encore attendre. Peut-être arrivera-t-il dimanche, c’est de toute façon le seul résultat qui compte. Paradoxalement, Pascal Monier est sans doute l’une des personnalités qui s’est révélée pendant la campagne et je l’ai, personnellement, trouvé particulièrement percutant et à l’aise lors du débat sur France 3 Poitou-Charentes. Si le parti de François Bayrou ne se casse pas définitivement la figure dimanche, on pourrait réentendre parler de cet homme.
L’extrême-gauche ou…ou quoi ?
Que dire de l’extrême-gauche dans cette campagne ? Finalement, c’est bien Ségolène Royal qui l’empêchent de jouer un rôle qui aurait pu, potentiellement, être dévastateur. Si elle n’avait pas invité sur la liste des membres du MoDem, la liste commune Front de Gauche-NPA se serait peut-être constituée et aurait pu frôler les 10 % et ainsi réclamer sa place sur la liste Royal au second tour. Cela ne s’est pas fait, en partie pour cette raison. En tout cas, et c’est un constat qui est fait un peu partout en France, l’enfermement du NPA ne devrait pas lui réussir et le cavalier solitaire de Lutte Ouvrière non plus.
Mes pronostiques.
Evidement, je suis très influencé par les sondages que nous avons eus pendant la campagne. Néanmoins, des choses ont changé pendant la dernière partie de campagne, notamment avec le passage de Xynthia, qui, à mon avis, peut favoriser surtout les deux principaux candidats, qui ont été en première ligne, et marginaliser encore plus les autres listes. Je mets donc en tête Ségolène Royal avec autour de 35,0 %. Dominique Bussereau devrait être en mesure de dépasser les 30,0 %, alors que les trois sondages le donne à 29,0 %. Il sera même sans doute devant la présidente sortante en Charente-Maritime, où il fera le plein. En toute honnêteté, avant les sondages, je donnais les deux candidats à égalisé autour de 35 %. La liste Europe Ecologie pourrait, elle aussi, profiter de la tempête, mais dans une moindre mesure peut-être. François Coutant devrait accrocher les 15 %. Derrière, je ne pourrais pas m’expliquer que le Front National soit au dessus de 6 %. Le MoDem, lui aussi, aura beaucoup de difficultés à dépasser cette barre. Je ne vois pas le Front de Gauche au dessus les 5,0 % et le total de l’extrême-gauche (LO+NPA) ne devrait pas dépasser le total de 2004, soit un peu plus de 4,0 %.
Vous aussi, n’hésitez pas à faire vos pronos dans les commentaires !
