Analyses électorales

Fractures électorales.

(photo : DR)

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Cette semaine, Sud-Ouest publiait le troisième sondage de la campagne pour l’élection régionale en Poitou-Charentes. Ce ne sont pas les rapports de forces, qui changent assez peu dans cette enquête, qui nous intéressent. C’est surtout le détail des intentions de vote, rendu publique par l’institut IFOP, qui attire notre attention.

Le sondage fait état d’un léger tassement des gauches dans leur ensemble (56 % contre 57 % en février) qui profite au MoDem (qui passe de 5 % à 6 %) et pas à la droite. Au sein de la gauche, le principal fait est la baisse d’un point et demi d’Europe Ecologie, à 12,5 %, son niveau le plus bas depuis le début de la campagne, alors que Ségolène Royal, elle, continue sa progression à 35 %. Les fractures ne se situent donc pas dans les comparaisons avec les deux précédents sondages, mais ailleurs. Comme partout en France, la première est la fracture générationnelle.

Péril jeune ou péril vieux, c’est selon.

Sur les quatre classes d’âge dont nous avons le détail, la gauche l’emporte dans trois d’entre elles, au premier comme au second tour. La classe d’âge qui résiste et celle des plus de 65 ans. Au premier tour, ils donnent 53 % de leurs voix à la droite (contre 37 %, tous âges confondus). Lors du tour décisif, Dominique Bussereau l’emporte avec 58 %. A l’inverse, la classe juste en dessous, celle des 50/64 ans, donne ses plus beaux scores à la gauche : 63 % au premier tour et 64 % au second ! Près de deux électeurs sur trois. Même si le PS est à 37 % (deux points de plus que sur l’ensemble de la région), c’est surtout la gauche de la gauche qui engrange avec 14 % pour le total des listes LO, NPA et surtout Front de Gauche (9 % contre 5,5 %). Petite surprise chez les plus jeunes, les moins de 35 ans. On imagine souvent qu’ils sont les plus à gauche, et bien selon le sondage ce n’est pas le cas. Certes, ils donnent 60 % de leurs voix aux cinq listes de gauche au premier tour mais seulement 55 % à Ségolène Royal au second. Comment expliquer un tel décalage ? Peut-être par le fait que les jeunes supportent moins bien que leurs ainés de devoir se reporter lors du tour décisif sur une liste de gauche modéré. Il faut dire qu’au premier tour, 12 % des jeunes auraient voté pour une liste de la gauche « alternative ». Notons par ailleurs qu’il n’y a pas de grand pic écologiste chez les jeunes comme on aurait pu le penser. En effet, « seul » 14 % d’entre deux ont l’intention de voter Europe Ecologie (12,5 % pour toute la région). Enfin, l’IFOP ne détaille pas les catégories sous les 35 ans, certainement à cause des faibles effectifs. S’ils l’avaient fait, on aurait sans doute pu voir que les très jeunes (autour de 20 ans) votent très à gauche alors que les jeunes trentenaires sont bien plus modérés. C’est en tout cas ce que l’on a pu déceler dans tout les sondages « sortis des urnes » lors des dernières élections.

Souris les villes, souris des champs.

La seconde fracture est aussi bien connue, c’est celle entre les villes et les campagnes. En Poitou-Charentes, les aires urbaines des quatre préfectures, toutes socialistes et nettement orientées à gauche lors de la plupart des scrutins, représente environ 700.000 des 1,7 millions d’habitants de la région. A elle seule, l’agglomération rochelaise représente 25 % de la population de la Charente-Maritime pour 3 % de son territoire seulement. Face à ces villes, les campagnes sont, le plus souvent, très marquées à droite. C’est le cas dans la Vienne (du côté de Loudun), les Deux-Sèvres (dans le nord) et la Charente-Maritime (du côté de Marennes, Royan et de Jonzac). La Charente, elle, est nettement à gauche, même dans les zones rurales. Le sondage nous prouve encore cette dichotomie. Au premier tour, les habitants des zones urbaines donnent 62 % des voix à la gauche contre 51 % dans les zones rurales. A droite, c’est le FN qui fait le plus gros bond en avant dans les zones rurales, passant de 8 % sur l’ensemble de la région à 14 % dans les campagnes. Il ne décolle pas, à 4 %, dans les villes. C’est au second tour que la différence est encore plus frappante. Ségolène Royal l’emporterait très largement dans les agglomérations urbaines, avec 63 % des voix alors que c’est Dominique Bussereau qui l’emporterait dans les campagnes, avec 51 %. Le premier chiffre est absolument considérable. Si, par exemple, la liste de gauche au second tour faisait ces 63 % à La Rochelle, cela représenterait, tout simplement, le meilleur score de la gauche dans la commune depuis 1971 (au moins, je n’ai pas de données avant), élections municipales exclues. Dans les zones rurales, la victoire de la droite est effectivement frappante, car elle nous montre deux mondes totalement différents, avec celui des villes, mais le score est tout de même mauvais. Avoir seulement deux points d’avance sur la gauche dans les campagnes pour la droite picto-charentaise, ce serait un échec lourd : la gauche serait certainement majoritaire dans beaucoup de cantons ruraux, même peut-être dans certains vu comme inaccessibles il y a encore peu.

Bien entendu, après le premier et le second tour de cette régionale, vous retrouverez nos analyses sur les résultats, les vrais !

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2 réponses à “Fractures électorales.”

  1. Dans 9 mars 2010 à 14:08 Mel036 répondu avec... #

    Mouai…. est-ce qu’avec un effectif de 700 sondés + abstention, on peut établir des comparaisons d’un mois sur l’autre à 1% près comme ce qui est fait dans l’introduction ?

  2. Dans 9 mars 2010 à 14:22 Pierre Garrat répondu avec... #

    Vous avez raison, il s’agit là simplement de faire état du résultat du sondage en question. Le but de cet article est justement de montrer que la fracture n’est pas là.

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