Interviews

Esnandes dans la tempête.

Ségolène Royal avec Yann Juin dans la zone conchylicole d'Esnandes en début de semaine dernière. (photo : JC.Bouyer)

Ségolène Royal avec Yann Juin dans la zone conchylicole d'Esnandes en début de semaine dernière. (photo : JC.Bouyer)

Après être revenu sur les conséquences de la tempête Xynthia sur la campagne électorale régionale, revenons sur cet évènement dramatique qui a touché notre département. Laurence Juin, épouse du maire d’Esnandes, l’une des communes les plus touchées, vite au cœur du dispositif, a bien voulu revenir sur l’organisation des secours et l’implication des élus dans cette épreuve.

LRpol : Dans la nuit de samedi à dimanche, la côte Atlantique a été frappée par la tempête Xynthia, notamment la Charente-Maritime et la Vendée. Au plein centre de cette zone on trouve Esnandes, la commune dont est maire Yann Juin, votre époux. On a pu suivre tout au long de la semaine sur votre compte Twitter (@frompennylane) les différents évènements qui se sont succédés. Dès dimanche au petit matin, comment se met en place la mobilisation de la collectivité ?

Laurence Juin : Mon mari est resté en état d’alerte tout le samedi. L’alerte rouge a été déclenchée, les prévisions météorologiques étaient inquiétantes, des mesures préventives ont été prises. A à peine 6 heures du matin, un boucholeur voisin a sonné à notre porte pour avertir mon mari que les digues avaient rompu et que la mer avait tout envahi. Ils ont fait un point très rapide ensemble. Mon mari est aussitôt parti me demandant d’avertir la gendarmerie et l’équipe municipale. Comme le téléphone ne fonctionnait plus, j’ai pris une autre voiture pour aller les réveiller ainsi que le responsable des services techniques et les personnes désignées par le plan communal de sauvegarde : c’est ce plan (signé le 27 janvier dernier !) qui a permis aussitôt de coordonner de façon très efficace les opérations. Il a été mis en place pour gérer ces situations de crise très graves sur la commune. Chacun savait dès lors quoi faire soit à la zone conchylicole, soit à la mairie. L’inquiétude s’est focalisée sur la disparition de M. Lelievre qui vivait dans une caravane à la zone conchylicole et sur la percée de la digue de cette zone et sur celle des misottes : l’eau avait monté pendant la tempête jusqu’au pied des maisons rue de l’océan : il a fallu avertir la population et l’évacuer : la marée haute était annoncée pour 17.00 et le risque d’inondation restait important. Il a fallu ensuite gérer l’évacuation de la population de Charron très fortement sinistrée. La salle municipale a été réquisitionnée pour rapatrier ces habitants très choqués et leurs familles inquiètes d’être sans nouvelles.

En quoi consiste ce « plan communal de sauvegarde » ?

C’est un dispositif obligatoire pour les communes pour lesquelles l’Etat a établi un plan de prévention de risques majeurs. La municipalité d’Esnandes a commencé à l’élaborer en 2006. Il a été validé par le conseil municipal en décembre 2009 et présenté à la population en janvier. C’est un dispositif de gestion de crise pour déterminer quels sont les risques et quelle organisation mettre en place s’ils se produisent. Par exemple : En cas de population sinistrée, les élus avaient anticipé les lieux d’accueil, comment les recenser. Des fiches de téléphone d’urgence étaient préétablies, ce qui a permis d’être aussitôt efficaces.

Plusieurs personnalités locales sont venues sur la commune, dont Maxime Bono, président de la Communauté d’Agglomération dont Esnandes fait partie. La « solidarité communautaire » a-t-elle joué à plein ?

Elle a très fortement joué : dès dimanche matin, Christian Perez maire (DVG, ndlr) de la commune voisine de Saint-Xandre était présent pour apporter soutien et aide. Les communes de la CDA qui ont eu la chance de ne pas être touchées ont apporté un soutien logistique (personnel technique, matériel communal…) inestimable. Christian Grimpret, maire (PRG, ndlr) de Sainte-Soulle, est venu avec des conseillers municipaux et son équipe technique aider à la zone ostréicole comme de nombreux bénévoles. Cette solidarité des communes a été ressentie bien au delà de la communauté d’agglomération : les maires et leurs équipes de Saint-Julien-de-l’Escap (canton de Saint-Jean-d’Angély, ndlr) et de Tonnay-Boutonne sont venues en renfort par exemple.

Ségolène Royal, en tant que présidente de région, est aussi passée. Avez-vous eu peur d’une récupération politique de la tempête à deux semaines de premier tour des régionales ?

Elle est venue dès lundi midi accompagnée de son équipe technique mais sans journaliste ni photographe ! L’heure n’était pas pour elle à la campagne électorale mais bien pour faire le point sur les besoins urgents auxquels la Région pouvait répondre. C’est la présidente de région actuelle qui est venue faire le point à Esnandes.

Comment se sont déroulées les relations avec les médias, très vite arrivés sur les lieux ?

Dès le dimanche matin, nous avons joint France Bleu La Rochelle pour les prévenir de la situation à Esnandes. Les curieux arrivaient déjà en nombre et comme la route littorale était fortement endommagée, que la mer avait coupé les routes et menaçait encore le village à cause des grandes marées, il fallait prévenir la population et France Bleu joue très bien ce rôle de média de proximité. Ils ont été présents tout le dimanche relayant toutes les informations qu’on a eu à passer. Les autres médias ne sont arrivés que les jours suivants : Esnandes était peu touchée comparé à la Vendée et Charron a été inaccessible le dimanche et le lundi.

D’autres médias comme Sud-Ouest, Le Monde (sur leurs sites internet), Le Courrier de l’Ouest, Le Dauphiné Libéré, 20 Minutes ont fait des articles les jours suivants. J’ai aussi beaucoup utilisé les réseaux sociaux du net : Twitter (@esnandes) et Facebook (le compte de mon mari) pour relayer l’information heure par heure. Ça nous a permis de diffuser beaucoup d’informations concrètes (comme les besoins, l’appel aux bénévoles, l’état des routes) à la population locale et de mobiliser bien au delà de notre région la population, pour récolter des dons financiers par exemple.

Comment les élus ont-il réagit et vécu les évènements ? Un certain découragement s’est-il parfois fait sentir ?

Les élus ont tous été présents dès le dimanche avec une efficacité impressionnante. Je ne les ai jamais vu découragés et désinvestis. Ils ont pour beaucoup abandonné leur activité professionnelle pour se mettre au service de la commune. Certains ont pourtant été très affectés lorsqu’il a fallu accueillir à la salle municipale les Charronnais sinistrés. Au delà de leur fonction, c’est l’humain qui a été touché.

Vous avez appelé plusieurs fois à la mobilisation de bénévoles pour nettoyer la zone conchylicole, la zone la plus touchée de la commune. Nombreux sont ceux qui se sont présentés, avez-vous été surpris par l’élan de solidarité ?

Surpris non. Ici la population a été très choquée de ce qui est arrivé : nous connaissons tous personnellement des sinistrés que ce soit dans leur activité professionnelle ou au niveau personnel (victimes, maisons détruites). L’élan de générosité et de solidarité a été très fort sous des formes variées : appels, messages, aide, dons financiers et matériels. C’est très rassurant de constater que dans une société pourtant de plus en plus individualiste, la solidarité existe encore et de manière très forte. La solidarité a joué bien au delà du local : la commune avec laquelle est jumelée Esnandes : Thorens-Glières (Haute-Savoie) s’est fortement mobilisée.

Le premier tour de la régionale picto-charentaire a lieu dans une semaine, le dimanche 14 mars. Le scrutin va-t-il pouvoir se dérouler normalement ? Craignez-vous une démobilisation des électeurs, à Esnandes ou Charron ?

Le scrutin se déroulera normalement à Esnandes : les bâtiments publics n’ont pas été touchés. La mairie d’Esnandes a proposé à la commune de Charron d’organiser pour elle, à Esnandes, le scrutin. Elle n’a pas encore donné de réponse : à Charron, on gère l’urgence heure par heure. Difficile de se projeter dans un avenir même proche.

Une semaine après, voit-on l’avenir avec un peu plus d’optimisme à Esnandes ou faudra t’il encore du temps ?

A Esnandes, la zone conchylicole grâce au personnel communal et à tous les très nombreux bénévoles a été déblayée. Les professionnels attendent désormais le passage des assurances et quelles aides vont leur permettre de reprendre au plus vite leur activité. Nous déplorons un mort et les esprits sont très marqués par ce deuil. Mais nous connaissons notre chance : aucune habitation n’a été touchée. Le traumatisme est surtout dans ce que vivent les communes voisines de la baie de l’Aiguillon. Nous relativisons beaucoup. Cette tempête comme celle de 1999 restera marquée dans nos esprits tant dans ce qu’elle a causé comme traumatisme que dans ce qu’elle a engendré comme solidarité.

Pouvez-vous nous rappeler la démarche à suivre pour venir en aide aux sinistrés ?

Les dons financiers sont à envoyer à la mairie d’Esnandes : avenue de la République, 17137 Esnandes. Chèques à l’ordre du Trésor Public, mention CCAS / tempête. La mairie centralise ces dons pour la commune d’Esnandes et de Charron.
Nous restons à l’écoute des besoins matériels de Charron : dès qu’ils identifient un besoin précis, nous relayons par un affichage en mairie et sur http://twitter.com/esnandes. Pour tout renseignement supplémentaire et propositions d’aide : joignez la mairie d’Esnandes (05 46 01 32 13).

Propos recueillis le dimanche 7 mars 2010.

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Une réponse à “Esnandes dans la tempête.”

  1. Dans 14 mars 2010 à 22:45 M. Claire et Jean-Luc Belmonte répondu avec... #

    Nous avons découvert dans le détail la chronologie des évènements.. nous étions, au même moment, au coeur du tremblement de terre chilien.. sur la côte Pacifique.
    Nous partageons évidemment les émotions, les désarrois.
    Bon courage à vous tous, sur la côte charentaise de l’Atlantique.
    MC/JL

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