Débat sans regards.
Dimanche dernier, France 3 Poitou-Charentes organisait un débat attendu entre Ségolène Royal et Dominique Bussereau, les deux principaux challengers de l’élection régionale dans notre région. Décryptage de l’attitude des deux candidats à la présidence.
Ségolène Royal, le désir de Poitou-Charentes.
La candidate socialiste connait son avantage, le fait d’être la sortante. Dans une élection locale, c’est quelque chose de tout à fait considérable. Elle est tout les jours, ou presque, dans ses dossiers, surtout qu’elle a fait le choix du mandat unique. Face à Dominique Bussereau, c’est plus facile, lui qui cumule et qui n’est pas conseiller régional sortant. Face à Henri de Richemont, actuel leader de l’opposition au conseil régional, bon technicien, et désigné comme chef de file par les militants UMP du Poitou-Charentes début 2009, cela aurait été différent. Dans ce débat, elle a voulu jouer cette carte au maximum. Il s’agissait d’effacer son image un peu « people » et ses ambitions nationales, de vraies faiblesses face à un candidat qui axe beaucoup de ses arguments sur le fait qu’il est un homme du pays.
Ségolène Royal, lors de ce duel, a fait preuve d’un grand enthousiasme pour sa région. Peut-être trop à certains moments. Elle s’est laissé emporté par ses notes jusqu’à être très souvent reprise par Florian Ringuedé, qui menait ce débat. La présidente sortante a tout simplement été en avance au chrono pendant toute l’émission ! Elle s’est aussi laissé emporter par sa voix. Une ou deux fois, elle a paru même très « fausse » quand elle a justement explicité cet enthousiasme. Et puis l’ancienne candidate à la présidentielle de 2007, qui n’a pas abandonné ses espoirs de pouvoir l’être à nouveau en 2012, a profité d’avoir face à elle un membre du gouvernement, ce qui n’arrive pas souvent, pour critiquer fortement l’action du gouvernement. Elle a reproché à Dominique Bussereau la taxe carbone, véritable marotte pour elle depuis la fin août 2009. Le secrétaire d’Etat aux transports est l’un des membres du gouvernement en première ligne sur ce dossier.
Dominique Bussereau, monsieur transports.
La tête de liste UMP a une image et il s’y tient : le bonhomme sympa. Dans ce débat, il n’a pas faillit à cette règle, il a notamment fait tomber la cravate. On apprend d’ailleurs dans le reportage sur les coulisses du débat que Dominique Bussereau ne porte jamais de cravate le dimanche ! En même temps, le candidat n’en a pas souvent porté pendant cette campagne, l’exploit est donc à relativiser. Bonhomme aussi dans le comportement. Il n’a pas été outrancièrement à l’attaque contre Ségolène Royal, le piège dans lequel il ne fallait pas tomber. En revanche, sur le fond, on a senti le candidat beaucoup plus juste sur les enjeux régionaux. Il a bien souvent maintenu un certain flou artistique.
Dominique Bussereau a essayé de se raccrocher à tout ce qu’il pouvait. Il a fait d’abord beaucoup référence à son bilan à la présidence de la Charente-Maritime, or les compétences du département ne sont justement pas celles de la région. Celui qui est secrétaire d’Etat aux transports a aussi vanté le bilan du gouvernement et a même salué Maxime Bono, le maire socialiste de La Rochelle. Dans les campagnes électorales, Dominique Bussereau fait souvent ce genre de « petite tape sur l’épaule » à des adversaires politiques. En mars 2008, lors d’une réunion publique de soutien à Dominique Morvant, tête de liste UMP pour la municipale rochelaise, il avait promu le bilan de Michel Crépeau, maire radical de gauche entre 1971 à 1999, et critiqué une certaine fermeture de son successeur. Lors de ce débat, il a exactement dit l’inverse au sujet de l’actuel maire de La Rochelle.
On a donc senti Dominique Bussereau un peu loin des grands enjeux régionaux. Ségolène Royal, on l’a dit, à profité à plein de sa place de sortante. Lui, président d’un conseil général et secrétaire d’Etat, a du se rattraper rapidement pour cette campagne où il ne voulait pas aller. La tête de liste UMP connait mal cette institution pour laquelle il a été trois fois candidat (1986, 1992 et 2004) sans jamais vraiment y siéger. Alors pour palier ce manque de précision, après avoir fait appel à aux bilans nationaux et départementaux de son camp, il a mis le paquet sur un sujet : les transports. Depuis 2008, il a été non-stop membre du gouvernement. Huit années, dont cinq avec le portefeuille des transports, un sujet sur lequel il est très pointu et ça tombe bien, c’est l’une des principales compétences de la région. De cette carte maitresse, Dominique Bussereau en a usé, avec un vrai brio sur le sujet de la LVG, mais en a aussi abusé. Quand il s’agissait de répondre à une question de Ségolène Royal sur les services publics, le président de la Charente-Maritime a répondu complètement à côté en en rajoutant sur les transports. Voyant la présidente sortante répondre très précisément sur beaucoup de thèmes, Dominique Bussereau a peut-être eu un semblant de panique, ayant conscience d’être très flou sur le reste.

