Classe contre classe.

Gisèle Jean dans "La Voix est Libre" sur France 3 Poitou-Charente, le 23 janvier 2010. (photo : France 3)
Gisèle Jean, la tête de liste régionale du Front de Gauche, était, hier, l’invitée de « La Voix est Libre ». Cette intervention était attendue tant le brouillard est épais autour de la composition de la liste et de la stratégie qu’elle va adopter. Les vidéos de l’émission sont en bas de page.
Celle qui a été choisie pour son « passé » syndical et, surtout, parce qu’elle n’est issue ni du Parti Communiste (PCF), ni du Parti de Gauche (PG), a visiblement fort à faire. « Tout à l’air bien compliqué en Poitou-Charentes» a-t-elle déclarée sur le plateau de France 3. Il faut dire que la composition des listes semble être un vrai casse tête pour les différentes parties prenantes. Gisèle Jean s’est justifié en rappelant que la gauche de la gauche avait fait le choix de l’unité, forcément plus complexe à mettre en œuvre. Elle précise aussi qu’un tel rassemblement a été finalisé dans deux régions voisines, les Pays de la Loire et le Limousin. Une façon de dire que ce n’est pas une entreprise impossible.
Exigences de « petits bourgeois » ?
D’après les informations qui ressortent des négociations, les différents mouvements de la « gauche alternative » ont beaucoup d’exigences : chacune veut ses plages « éligibles » (sic). Evidement, du côté du PCF, on ne l’entend pas de cette oreille, surtout chez les cadres du parti. En votant pour l’option du Front de Gauche « élargi », à l’automne dernier, pour ces régionales, les communistes espéraient tout de même s’octroyer la part du lion. La confrontation a été, et est toujours, rude, avec ses hypothétiques partenaires. Certains, au sein du PCF, sentent que la situation leur échappe et le mode politico-médiatique picto-charentais bruisse de rumeurs : après des écologistes, après des centristes, des communistes pourraient rallier Ségolène Royal dès le premier tour. Mais Gisèle Jean est confiante, elle utilise la méthode Coué. Après les réactions de responsables du NPA et des Alternatifs, pour le moins critiques sur le chemin que prennent les négociations, elle s’est dit pleine d’optimisme à trois semaines de la date limite pour le dépôt des listes. Pendant toute l’émission, Florian Ringuedé a bien tenté de faire sortir des informations sur la situation particulaire des négociations en Poitou-Charentes, mais Gisèle Jean s’est toujours réfugiée derrière les déclarations nationales des différents partis.
L’autre point sur lequel la tête de liste du Front de Gauche était attendue, c’était sur la question des alliances. Au début de l’émission, elle explique d’abord qu’elle a été membre du Parti Communiste à une époque. Elle avait adhéré grâce à l’espoir engendré par l’Union de la gauche, à la fin des années 1970. Elle dit avoir rendu sa carte en 1984, l’année où les communistes ont quitté le gouvernement, ce qui marquait la fin définitive de la formule d’Union de la gauche. On ne sait pas si ce départ et la conséquence du sien, mais quand on l’écoute, elle dit s’être engagé dans ses régionales justement parce qu’elle a le sentiment qu’une nouvelle Union de la gauche est possible. On se dit qu’elle est favorable à une alliance avec le PS et Europe-Ecologie au second tour. Il fallait attendre. Plus tard, quand Florian Ringuedé l’interroge sur les alliances, elle a cette phrase clef : « Ségolène Royal n’est plus en capacité de dire qu’elle représente la gauche. » Dans son esprit, la nouvelle Union de la gauche ne semble pas aller « à la droite » du PCF et du PG, les socialistes et les écologistes en seraient donc exclus.
Deux gauches.
Alors, Gisèle Jean se défend de se tromper d’adversaire dans cette campagne. Elle précise bien que son seul adversaire est la droite. Mais quand elle dit que Ségolène Royal « n’est plus en capacité de dire qu’elle représente la gauche », ne la renvoi-t-elle pas dans le camp de ses ennemis ? Le plus surprenant arrive quand on lui demande de s’exprimer sur le bilan de la majorité sortante. Pour elle, Ségolène Royal n’utilise pas la bonne méthode, trop de « coup par coup »… Trop de coups ? Tiens donc, mais n’est-ce pas l’un des principaux arguments de l’UMP contre la présidente sortante ? Avec cette déclaration, la tête de liste joue clairement contre Ségolène Royal mais aussi contre son camp. En critiquant le bilan de la majorité sortante de cette façon, elle critique aussi le bilan des communistes, qui en sont co-auteurs. Pas certains qu’ils apprécient, surtout que, comme on l’a expliqué plus haut, il sont déjà échaudés par la tournure que prennent les évènements.
Après la désignation de la liste Royal comme étant « le camp adverse » par Europe-Ecologie, et la phrase de Gisèle Jean renvoyant la présidente sortante « au centre droit », on se dit qu’avec des amis comme ça, le Parti Socialiste picto-charentais n’a pas besoin d’ennemis. Quant à la gauche de la gauche, elle retrouve, ici, les accents de la stratégie classe contre classe adoptée par le PCF en…1920. Une stratégie qui faisait des socialistes l’égal de la droite et qui a mené les communistes à de nombreux échec électoraux, jusqu’à ce que Moscou (qui était l’origine de toute les décisions) décide de changer son fusil d’épaule et autorise les alliances avec les autres partis de gauche. Cela avait permis la victoire d’un autre front de gauche, le Front Populaire.
