Éditoriaux

Identité(s) de campagne.

 

Ségolène Royal va devoir gérer, sur sa droite et sur sa gauche, ses alliés de la majorité sortante, lors du premier tour des régionales.

Ségolène Royal va devoir gérer, sur sa droite et sur sa gauche, ses alliés de la majorité sortante, lors du premier tour des régionales. (photo : DR)

Alors que le « grand débat » sur l’identité nationale a commencé, les différentes forces en présence pour le premier tour des élections régionales de mars prochain en Poitou-Charentes semblent chercher, elles aussi, leur identité. Le point à 100 jours du scrutin.

Seulement quelques semaines après le lancement, par Eric Besson, d’un « grand débat » sur l’identité nationale, la polémique bat son plein. Nombreux sont ceux, à gauche, comme à droite d’ailleurs, qui pensent que cette question n’a rien à faire dans la précampagne des élections régionales. Si les différents membres du gouvernement et ténors de la majorité ne cessent de dire dans les médias que l’identité nationale est une des préoccupations majeur des français en cet automne 2009, force est de constater que le débat à peu d’échos dans notre région. Ségolène Royal s’est bien exprimé, juste après les déclarations du ministre de l’immigration et de l’identité nationale, souhaitant que la gauche s’empare, elle aussi, de la question, mais sans plus. Dominique Bussereau, la tête de liste de l’UMP ne s’est, lui, pas exprimé sur le sujet. Mais dans cette précampagne picto-charentaise, on se peut s’empêcher de voir, dans l’attitude des différentes forces politiques qui vont se présenter au premier tour, une véritable quête d’identité.

« T’es bidon. »

Mardi matin, Dominique Bussereau dénonçait, sur Europe 1, les "slogans bidons" de Ségolène Royal.

Mardi matin, Dominique Bussereau dénonçait, sur Europe 1, les "slogans bidons" de Ségolène Royal. (photo : capture d'écran Europe 1)

A l’UMP, l’identité du candidat a longtemps été en suspens. Les militants avaient désigné, au printemps dernier, Henri de Richemont, ancien sénateur de Charente et leader actuel de l’opposition au conseil régional. Mais depuis, les deux principales personnalités de la droite régionale, Jean-Pierre Raffarin et Dominique Bussereau, n’avaient de cesse de réclamer un autre candidat ou plutôt une autre : Chantal Jouanno. La secrétaire d’Etat à l’écologie préférant une candidature en Île-de-France, la piste a été abandonnée, mais Nicolas Sarkozy, qui a toujours un œil sur les faits et gestes de son ancienne concurrente au second tour de la présidentielle, ne pouvait pas supporter que Ségolène Royal se retrouve face à un candidat si peu médiatique. Le Président de la République a alors désigné le secrétaire d’Etat aux transports et président du conseil général de la Charente-Maritime, Dominique Bussereau.  Le désigné-volontaire n’avait pourtant pas montré une grande envie d’aller au combat, et s’est un euphémisme. Même après que la décision de l’Elysée ait filtré dans la presse, l’enthousiasme ne se lisait pas sur son visage.

Dominique Bussereau doit donc se trouver son identité de candidat d’opposition. Il sait que la tâche va être extrêmement difficile : la gauche a systématiquement été devant la droite depuis 2004 à chaque scrutin et le contexte national ne s’annonce pas fameux pour les candidats de la majorité. Mardi matin sur Europe 1, à la question de savoir s’il était candidat « à une défaite honorable » face à la présidente sortante, son sourire était éloquent. Dans cette même interview, le candidat a semblé dessiner une partie de son axe de campagne. Il dénonce les « slogans bidons » de Ségolène Royal. Il y a quelques semaines, alors qu’il demandait encore une candidature de Chantal Jouanno, sur LCI il avait dit que les bons résultats de la politique de la majorité sortante étaient « bidonnés ». La présence médiatique de Ségolène Royal, qui occupe tout les terrains, semble contraindre la droite à avoir une position défensive. Une stratégie pour le moins surprenante pour une opposition qui cherche, donc, à conquérir la région. Il dit se lancer dans la campagne combattif mais  il ne semble pas y croire lui-même. En tout cas, la ligne du « bidonnage » ne suffira sans doute pas à assurer une défaite honorable à Dominique Bussereau. A droite l’identité du candidat reste à faire.

Voir la vidéo de l’interview de Dominique Bussereau en bas de page.

Diviser pour mieux régner ?

A gauche, on sait maintenant que la majorité sortante partira sur, au moins, trois listes différentes au premier tour. C’est bien entendu un changement radical par rapport à 2004 où toute l’ancienne « gauche plurielle » était partie unie dès le premier tour, emmenée par Ségolène Royal. La question est donc de savoir comment, d’un côté le Parti Communiste (PCF) dans le Front de Gauche, et de l’autre les Verts dans Europe-Ecologie, vont arriver à se trouver une identité suffisamment distincte du Parti Socialiste (PS) pour justifier leur entreprise solitaire et en même temps ne pas compromettre les éventuelles fusions des listes dans l’entre-deux-tours.

La gauche pourrait, dans cette division presque totale, se trouver une nouvelle identité. Si on croit le résultat des élections européennes, avec toutes les précautions d’usage sur un scrutin qui a vu à peine 40 % des électeurs se rendre aux urnes, il semble qu’une gauche divisée se répartie mieux les rôles. Les trois forces de gauche semblent avoir chacune leur « clientèle » électorale, elles ont chacune une identité électorale. A Europe-Ecologie les « bobos » et catégories supérieures, aux socialistes les classes moyennes et une partie des couches populaires, au Front de Gauche le reste de celles-ci. Reste à la majorité sortante de transformer l’essai. Car les élections européennes n’ont qu’un seul tour et on n’a donc pas besoin de ménager son concurrent-camarade. Or, lors d’une élection régionale, il y a un second tour, et les alliances qui vont avec, et dans la perspective d’une victoire, il faut gouverner avec eux. Les identités multiples de la gauche (on n’ose dire plurielle), retrouvées lors du scrutin européen, vont devoir faire face à cet enjeu fondamental qu’est un second tour.

Enfin le MoDem va avoir, à n’en pas douter, un rôle important dans cette campagne alors que les œillades de Ségolène Royal sont maintenant très fréquentes. Le peu de chose que l’on a vu, lu, ou entendu du MoDem régional, par la voix de son unique sortante au conseil régional, la rochelaise Elizabeth Delorme-Blaizot, semblait indiquer que l’alliance avec la droite était exclue mais qu’en revanche tout était ouvert avec la président sortante. Là aussi, c’est une question d’identité fondamentale. Pas certain, d’un côté, que les anciens de l’UDF encore au Mouvement Démocrate acceptent une telle alliance, encore absolument impossible il y a trois ans. De l’autre, l’ancienne ministre de François Mitterrand et de Lionel Jospin va avoir fort à faire pour convaincre une bonne partie des ses camarades socialistes et surtout communistes, s’ils venaient à dépasser les 5 % au premier tour, ce qui leur permettrait de fusionner.

A 100 jours du premier tour des élections régionales, l’identité régionale des candidats reste donc à trouver. En ce sens, la campagne sera sans doute bien plus intéressante qu’en 2004.

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6 réponses à “Identité(s) de campagne.”

  1. Dans 5 décembre 2009 à 16:34 arthur répondu avec... #

    Magnifique petit regard complice de la part de JP Elkabach à la fin.

  2. Dans 7 décembre 2009 à 15:35 Etienne répondu avec... #

    Vous dites: »La question est donc de savoir comment, d’un côté le Parti Communiste (PCF) dans le Front de Gauche, et de l’autre les Verts dans Europe-Ecologie, vont arriver à se trouver une identité suffisamment distincte du Parti Socialiste (PS) pour justifier leur entreprise solitaire ».
    Déjà sur la simple forme, je trouve peu objectif de qualifier de « solitaire » l’intégration pour les Verts comme pour les communistes à des alliances qui par définition ne peuvent se faire toute seule. C’est faire peu de cas du Parti de Gauche, de la Gauche Unitaire et des différentes associations réunies dans Europe Ecologie. Mais ceci n’est qu’une tournure de phrase.
    Sur le fond, il ne me semble pas très difficile pour les communistes de se différencier du bilan de Ségolène Royal. Je m’explique: comme vous êtes probablement au courant, les conseillers communistes sortants ont appelé à la reconduction de l’alliance avec les socialistes. Leur parti à choisi au niveau national et régional de ne pas suivre cette voie et donc de ne pas soutenir ce bilan. Dès lors, les nouveaux candidats du Front de Gauche qu’ils soient ou non communistes n’auront pour ainsi dire rien avoir avec le bilan régional de Ségolène Royal. C’est une nouvelle génération qui a émergé au PCF avec le vote des militants. Une nouvelle génération qui entend bien rompre avec un PS qui se tourne vers le MODEM. Méfiez vous des schémas préexistants, la gauche est en train de changer et rapidement.

  3. Dans 7 décembre 2009 à 18:32 Pierre Garrat répondu avec... #

    Sur la première partie : il s’agit, je crois, d’une mauvaise lecture de votre part. Je qualifie « d’entreprise solitaire » le fait qu’ils se désolidarisent de la majorité sortante en présentant une liste distincte. Ce n’est pas un jugement de valeur sur les différentes composantes d’Europe-Ecologie ou du Front de Gauche. Mais si vous en voulez un, je peux le faire ^^.

    Sur la seconde partie : je dois dire que je comprend de moins en moins la tactique du Front de Gauche… Un jour, le responsable le PG 86 me dit que l’objectif est de participer à la direction des régions avec le Parti Socialiste et Europe-Ecologie, sans le MoDem, et là, quelqu’un qui, d’après mon pressentiment, est membre du PG, me dit, en quelque sorte, qu’il veut rompre tout lien avec le PS. Le PCF national, lui aussi, cherche une chose, c’est faire alliance avec le PS au second tour, c’est le fond de la motion nationale du parti pour ces élections ! Votre projet, il est tout à fait louable, effectivement, il s’agit bien d’une identité, mais visiblement, cela ne fait pas l’unanimité. Je crois que ma réflexion sur l’identité du Front de Gauche est donc on ne peut plus d’actualité !

    Et puis, comme je l’ai déjà dit, je reste convaincus que, si les communistes n’avaient pas fait place nette au conseil régional…pardon, j’anticipe, je voulais dire, sur une liste PS/PCF, je crois que cela aurait empêché Ségolène Royal d’en appeler au MoDem. Vous refusez de vous allier avec elle, soit, mais elle, a toujours un besoin d’alliance, elle les cherchent donc ailleurs. Je trouve que l’attitude du FdG sur la question du MoDem ressemble à un mari qui a divorcé et qui se plain, ensuite, que son ex-femme souhaite combler le vide en sortant avec quelqu’un d’autre !

  4. Dans 8 décembre 2009 à 13:08 Etienne répondu avec... #

    Non je ne suis toujours pas d’accord avec vous monsieur Garrat! On peur qualifier le choix des communistes « d’indépendant vis à vis du PS » mais pas de « solitaire ». Et parlons en de la majorité sortante! Pour se désolidariser de cette majorité, il faudrait qu’elle possède encore une réalité. Or qui fait le choix de rester avec le PS pour les prochaines élections? Les radicaux? Au vu de votre propre article sur la question, ce n’est même pas acquis… Il faut se rendre à l’évidence, le bilan régionale que les socialistes mettent en avant n’est soutenu que par eux-même aujourd’hui. Je lis déjà l’argument que vous allez m’opposer: « Comment les communistes et les verts peuvent-ils aujourd’hui remettre en cause une gestion à laquelle ils ont participé? » Concernant le PCF, c’est ce que j’essayais de vous expliquer dans mon premier commentaire: les adhérents communistes du Poitou-Charentes ont refusé par leur vote de soutenir ce bilan.

    Si on en revient à ce que j’ai écrit sur la stratégie du Front de Gauche, où voyez vous que je suggère de rompre totalement avec le PS? « Une nouvelle génération qui entend bien rompre avec un PS qui se tourne vers le MODEM. » Si c’est à cette phrase que vous vous référez, je crois que vous n’en prenez que le début. Comme l’a dit Emmanuel, le Front de Gauche ne participera à des exécutifs avec le PS et EE qu’en l’absence du MODEM. Cela va également dans le sens, il me semble, de la motion national du PCF. Il n’y a pas d’ambiguïté. Tout ceci concerne évidement le second tour, il faut qu’au premier, chacun puisse afficher son identité.

    Je trouve que vous allez un peu vite sur la sois-disante responsabilité des communistes dans le fait que Ségolène Royal se tourne vers le MODEM. Je crois me souvenir, que dès le Congrès de Reims, il y a un an désormais, notre présidente de région était déjà favorable à une alliance avec le centre. Ses appels du pied au MODEM, ont commencé bien avant le vote communiste, soyez honnête! Elle fait partie aujourd’hui de ces personnalité socialiste qui estiment que la victoire de la gauche ne passera que par l’alliance avec le centre. Alors de grâce, ne vous servez pas du PCF pour justifier le choix de Ségolène Royal, elle est assez grande! Pour continuer sur votre si jolie métaphore du petit monde politique: le FdG a divorcé de sa compagne parce qu’elle jetais depuis quelques temps des oeillades au voisin béarnais!

  5. Dans 8 décembre 2009 à 16:11 Pierre Garrat répondu avec... #

    Je crois que vous manquez singulièrement de réalisme politique. La majorité sortante est toujours la majorité sortante ! Vous voulez dire quoi M. Etienne ? Que le bilan du conseil régional est mauvais ? Et bien, vous pouvez le dire, vous pouvez être de cet avis, mais à ce moment là, on ne dit pas que l’objectif pour le second tour est de faire alliance avec ses « anciens » partenaires de la majorité régionale pour pouvoir continuer à la gouverner ! C’est un choix tout à fait respectable, et il a l’avantage (mais c’est bien le seul à mon goût) d’être parfaitement clair. Quand vous lisez les déclarations des gens d’Europe-Ecologie, ou même au PCF, ont voit qu’ils se veulent totalement solidaires du bilan ! Enfin, il y a quand même une vraie incohérence. La lecture que vous faites du vote des militants communistes n’est pas la seule possible, tout comme la mienne ! Cela fait des décennies que le PS et le PCF gouvernent des collectivités ensemble, même quand les relations entre les deux partis n’étaient pas bonnes au niveau national. Certes, il y a, ici où là, de temps en temps, des problèmes, mais dans l’ensemble cela se passe bien. Moi, quand je vous lit, et je vous le dit très franchement, j’ai pas l’impression d’avoir là quelqu’un qui souhaite la victoire de son camp, la gauche, la gauche qui veut gouverner. Faites-vous partie de cette famille ? Il faut, a mon avis, et c’est, encore une fois, l’objet de mon article, clarifier cela et vite.

    Et puis pour ce qui est du MoDem, vous avez raison, les œillades de la poitevine au béarnais ont commencé il y a un bout de temps. Néanmoins, des œillades à l’adultère, il y a un monde. Je persiste et je signe : si les communistes avaient fait le choix de partir avec elle au premier tour, elle n’aurait pas pu (du verbe pouvoir) avoir ne serait-ce que l’intention de faire alliance avec le MoDem. Il y a un précédent historique : en 1988, les socialistes se retrouvent avec une majorité relative à l’Assemblée Nationale et les communistes ne veulent pas soutenir le gouvernement (seulement au cas par cas). Pour obtenir une majorité, ils ont été obligé de se tourner vers le centre. La décision des communiste est bien l’origine des évènements de ce week-end. Elle a besoin d’alliés, et si son allié « traditionnel » qu’est le PCF ne veut pas d’elle, elle est obligé d’aller voir ailleurs.

  6. Dans 9 janvier 2010 à 13:23 Dany de Fanal Safran répondu avec... #

    En passant par « Orange Sanguine » je découvre ce bon blog. Bravo.
    Défendre son identité en politique est primordial. Je suis adhérente au MoDem (mon blog « Fanal » est Safran, donc orange) et j’ai mes charentaises bien au Centre.
    Et si par malheur il nous était arrivé au MoDem d’avoir une autre directive, je ferai comme pour le deuxième tour des Présidentielles, je voterai avec un bulletin pas « blanc »…. mais ORANGE.

    Belle journée et tous mes voeux pour 2010
    Dany

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