Yann Juin et la « plus-value » radicale.

Yann Juin, le président du PRG de la Charente-Maritime, ne s'interdit pas de négocier avec Europe-Ecologie ou même le MoDem si les négociations avec le PS échouent. (photo : Yann Juin)
La précampagne régionale se fait sous le signe de la division à gauche : divisions entre les partis de la majorité sortante mais aussi à l’intérieur de chacun d’entre eux. Jusqu’ici, on n’avait pas encore entendu les radicaux de gauche qui comptent portant deux élus au conseil régional, dont un vice-président. Les négociations avec le PS semblent compliquées et les quatre présidents des fédérations PRG du Poitou-Charentes s’en son fait l’écho dans un communiqué cette semaine. Yann Juin, le président de PRG de la Charente-Maritime, a accepté, pour LRpol.fr, de revenir sur les négociations en vue des régionales avec le PS. Il fait le point aussi sur les relations globales avec les socialistes et sur la réforme des collectivités territoriales.
LRpol.fr : Depuis quelques jours la composition de la liste départementale du PS de la Charente-Maritime fait la une. Au milieu de ce fracas médiatique, les quatre présidents des fédérations PRG du Poitou-Charentes ont fait paraitre un communiqué de presse. Celui-ci appelle à l’union mais pointe des « difficultés ». A quoi sont-elles liées, des problèmes de fond (de programmes) ou de formes (de places sur les listes) ?
Yann Juin : Sur le fond, les Radicaux de Gauche assument pleinement le bilan de la majorité sortante auquel ils ont participé grâce à François Patsouris, vice-président qui a conduit une action déterminante sur les questions littorales et européennes, et tout autant avec Marie-Claude Bridonneau, présidente du Comité régional du Tourisme. Nous pensons donc être en mesure de conduire à nouveau un projet commun avec cette majorité. Aussi les dissensions publiques de ces dernières semaines sont à notre sens préjudiciables car elles brouillent l’image du bilan. Elles rendent également difficile les discussions sur la constitution de listes de rassemblement.
Au sujet de la forme. Le communiqué est cosigné par les présidents des quatre fédérations PRG du Poitou-Charentes donc. Or, les radicaux n’ont des sortants qu’en Charente-Maritime (Marie-Claude Bridonneau et François Patsouris), votre parti a-t-il des ambitions dans les autres départements ? Quels sont globalement vos « exigences » ?
Les Radicaux de Gauche ont été échaudés par l’attitude du PS lors des dernières élections européennes qui a mêlé hégémonisme, déchirements internes mal recousus pour refuser toute place aux Radicaux de Gauche, avec le succès que l’on sait … Les Radicaux de Gauche ont décidé d’être présents à ces élections régionales et ils le seront. Notre première démarche est toujours de jouer les additions comme le préconisait Michel Crépeau. De plus, l’action de nos sortants dans la majorité, avec la présidente sortante, appelle une attitude constructive de notre partenaire. Alors, comme en 2004, les Radicaux n’avaient pas obtenu toute la place qui aurait dû être la leur, déjà, nos demandes vont effectivement au-delà, tout en étant raisonnables, d’autant que les candidats qui se préparent sont susceptibles d’apporter une plus-value importante aux listes sur lesquels ils figureront.
« Je n’envisage pas d’être candidat à l’heure actuelle. »
On sait que la maire d’Angoulins, Marie-Claude Bridonneau, ne souhaite pas repartir pour un second mandat régional. Êtes-vous intéressé ? Êtes-vous plus attiré par le siège de conseiller général de La Rochelle-5, libre en 2011 ?
Le rôle de l’assemblée régionale est déterminant et c’est un beau challenge que d’y exercer un mandat. Pour autant, je n’envisage pas d’être candidat à l’heure actuelle. Néanmoins, si les circonstances l’exigeaient, je reconsidèrerais ma position comme je l’ai dit aux militants du PRG. Quant au canton, nous travaillons en réelle complémentarité avec Jack Proust [l’actuel conseiller général du canton, ndlr] et les autres maires du canton. Nos engagements sont en phase avec les attentes des habitants de notre territoire. Pour l’heure, la priorité va aux régionales. Nous verrons donc le moment venu pour les cantonales.
Au sujet du fond. Toujours dans votre communiqué, vous appelez à « poursuivre la dynamique régionale à laquelle [vous avez] contribué durant la mandature 2004-2010». Plus précisément, quel regard portez-vous sur le bilan de la majorité ?
Le bilan est très bon et difficilement contestable objectivement. La majorité sortante a su donner à la région une place institutionnelle incontournable. Je ne citerai que trois exemples. Les partenariats de territoires ont été adaptés aux besoins. L’action dans les lycées et notamment les budgets participatifs ont donné un souffle à l’esprit d’initiative dans les établissements. Le volontarisme économique est essentiel comme on le voit face à la crise actuelle. Je pourrai en prendre bien d’autres.
Au niveau régional, quel est la particularité des radicaux ? Ont t’ils été suffisamment entendu par la présidente de Région depuis 2004 ?
A travers notre Humanisme et notre vision laïque, les Radicaux ont apporté un pragmatisme essentiel à l’action régionale. La Présidente a su pouvoir compter sur l’avis de ses conseillers régionaux radicaux et sur leur travail, sans arrière-pensées.
Les Verts, au sein d’Europe-Ecologie, et le Parti Communiste, au sein du Front de Gauche, ont décidé de partir en autonomes au premier tour des régionales. Quel regard portez-vous sur leur stratégie ? Regrettez-vous l’union dès le premier tour de 2004 ?
Oui, nous l’appelions de nos vœux. Pour des considérations pas très éloignées de celles qui déchirent le PS, cela ne s’est pas fait. Nous maintenons notre volontarisme, dans le sens de l’intérêt général, qui semble un peu oublié par la quasi-totalité des formations politiques qui entendent concourir lors de ces régionales.
Si les difficultés persistes avec les socialistes, êtes vous prêt à partir, vous aussi, en solo ?
Je l’ai dit, les Radicaux de Gauche seront présents dans ces élections régionales. Si les conditions ne sont pas réunies pour constituer une liste de rassemblement avec le PS, nous verrons. Nous discutons avec les autres forces qui sont susceptibles de participer à une majorité prolongeant l’action de la majorité sortante. Ce serait une possibilité plus conforme à notre volonté de rassemblement, mais nous n’excluons pas non plus de partir seuls.
« Nous discutons régulièrement avec l’ensemble des formations politiques donc aucune éventualité n’est a priori interdite. »
Discutez-vous avec Europe-Ecologie ou même le MoDem en vue du premier tour ?
Nous discutons régulièrement avec l’ensemble des formations politiques donc aucune éventualité n’est a priori interdite. Personne ne détient seul la vérité sur la conduite du prochain mandat. Il est donc normal de discuter et de chercher les convergences.
On a pu lire, au début de la polémique entre Olivier Falorni et Denis Leroy au PS, que les radicaux étaient contre l’hypothèse d’une liste menée par ce dernier. Il faut rappeler que Denis Leroy est conseiller général de La Rochelle-6 depuis 2004. Or, ce canton avait été « donné » au PRG après l’accession de Maxime Bono à la maire de La Rochelle, en 1999. Y-a-t’il effectivement une rancœur et une liste menée par Denis Leroy aurait-elle été un cas de « scission » entre les deux partis ?
Nous regrettons suffisamment la situation au PS pour ne pas souhaiter nous en mêler. Les arbitrages entre socialistes relèvent des socialistes. Comme la désignation des candidats radicaux ne regarde que les Radicaux. Si des primaires permettaient des désignations communes, ce serait différent. En tout état de causes, l’action publique telle que nous la concevons se situe au-dessus de ces considérations.
En 2008 et 2009, l’alliance « traditionnelle » entre PRG et PS a connu des ratés. Au niveau local, lors des cantonales de 2008, malgré l’accord entre les deux partis qui vous « réservait » le canton de La Jarrie, celui-ci est passé au PS, grâce, où à cause, d’une candidature dissidente. En 2009, comme vous l’avez rappelé, les socialistes n’ont pas sollicités les radicaux pour les élections européennes. Dans le département, comment qualifieriez-vous les relations entre PS et PRG ?
C’est vrai que les militants radicaux de gauche ont une certaine amertume vis-à-vis de cette attitude du PS. Pour notre part, les républicains que nous sommes considérons que l’action publique s’appréhende autrement. Nous y avons perdu en sièges mais avons conservé notre dignité. L’action commune dans ce département se passe plutôt bien dans les collectivités entre élus socialistes et de sensibilité radicale. Les relations entre formations politiques sont également plutôt bonnes mais mériteraient d’être plus suivies d’effets.
Après les accrocs de 2008 à Courçon et La Jarrie, un accord comparable à celui de 2008 est-il exclu pour les cantonales de 2011 ?
Vous noterez que ces accrocs, pas plus que les précédents ne sont le fait des Radicaux. Et que le résultat de ces accrocs n’a pas permis de bousculer la politique à laquelle nous nous opposons. A chacun d’en tirer les conclusions qui s’imposent.
Passons à la réforme territoriale. Quel est votre vision des choses, avez-vous un point de désaccord ?
Je n’en ai pas qu’un ! Tout d’abord la priorité dans la réforme de nos institutions ne me semble pas être du côté des collectivités (sauf en ce qui concerne les ressources), mais de l’Etat. Ensuite, l’approche poujadiste de cette réforme par le Président de la République est scandaleuse. Mettre en avant le coût des élus locaux quand on sait leur dévouement, leur temps passé à leurs fonctions et que cela est dit par un personnage qui n’a pas hésité à doubler ou tripler sa rémunération, qui ne recule devant aucune dépense de luxe et de prestige pour son compte (nouvel avion présidentiel …), qui dépense dans des sondages sans compter, qui nomme un nombre impressionnant de membres dans son gouvernement ou dans leurs cabinets, c’est tout simplement inadmissible ! La réalité, c’est que le coût des élus est en moyenne inférieur à 0,5% des dépenses de fonctionnement des collectivités ! Approche poujadiste donc, mais réforme politicienne ! Avec un mode de scrutin qui ferait reculer la parité, renforcerait un bipartisme borné et tout d’abord sa formation politique. Enfin sur le fond : la confusion de deux collectivités distinctes (région-département) n’a aucun sens. Les élus qui siègeraient dans ces deux collectivités seraient débordés et le pouvoir réel absorbé par le cabinet (non élu) des Présidents. De plus, les deux modes de scrutin permettent d’avoir des sociologies d’élu(e)s différentes dans les deux assemblées. Je pense que ce serait une erreur de se priver de cette richesse. Quant à la réforme de la taxe professionnelle, si elle est nécessaire, sa suppression prévue va une nouvelle fois contraindre les collectivités à faire plus avec moins de moyens. L’Etat exsangue fait la leçon à des collectivités qui assument sans cesse de nouveaux transferts de charges avec toujours moins de moyens.
« Il s’agit d’un enjeu démocratique majeur. Sinon nos concitoyens vont continuer à se détourner de la chose publique. »
Maire d’Esnandes depuis 2001, vous étiez au congrès des maires à Paris il y a près de deux semaines. Avez-vous fait parti des élus qui ont sifflé le Premier-ministre ?
Non, je n’ai pas pu assister à la prestation du Premier-ministre. Mais je suis choqué comme républicain de ces sifflets a priori. Je trouve cette réforme tellement contestable que son combat est indispensable. Mais un combat républicain. Cette dérive bipartisane qui s’accompagne d’oppositions brutales se révèle stérile. Faire de la politique semble se résumer à rouler les mécaniques et non plus à débattre pour convaincre. C’est d’ailleurs pourquoi je ne suis pas allé à l’Elysée. Le Président de la République s’est défilé et a refusé l’invitation des Maires. Parallèlement, il a choisi son terrain et sa méthode pour éviter le débat. Alors les Radicaux en républicains vont tout faire pour rendre au débat toute sa place ; il s’agit d’un enjeu démocratique majeur. Sinon nos concitoyens vont continuer à se détourner de la chose publique.
La mesure qui fait la une est la suppression de la taxe professionnelle. Faites-vous parti de ses élus qui ont « peur » de cette suppression ? Si oui, le Premier-ministre vous a-t-il convaincu sur les mesures de compensation ?
La suppression de la taxe professionnelle est un sujet de véritable inquiétude. Tout d’abord car cela n’a donné lieu à aucune consultation préalable. Ensuite car le mécanisme complexe qui est proposé n’a fait l’objet d’aucune évaluation. Alors les élus sont naturellement inquiets. Car toutes ces réformes en matière de ressources pour les collectivités depuis 10 ans se sont traduites par moins d’autonomie et une baisse progressive des compensations.
On l’a dit, vous êtes maire. La réforme prévoit l’élargissement de l’actuel mode de scrutin municipal pour les communes de plus de 3.500 habitants (répartition proportionnelle avec des listes bloquées) aux communes de plus de 500 habitants. Cela va donc toucher Esnandes, est-ce une bonne idée ?
C’est une demande de l’association des Maires. Cela va dans le bon sens. En effet, ce mode de scrutin est plus adapté aux responsabilités de projets conduits par une liste et à la confrontation de projets, alors que le mode scrutin individuel actuel ne permet qu’une juxtaposition d’élus sans forcément de colonne vertébrale ou de tête.
On trouve aussi dans le texte la possibilité de créer des « communes nouvelles », c’est-à-dire la possibilité de transformer une communauté de commune ou d’agglomération en commune unique. Faisons un peu de « politique fiction », vu le haut niveau d’intégration des politiques entre les communes de la Communauté d’Agglomération (CdA) de La Rochelle, seriez-vous favorable, à plus ou moins long terme, à la fusion de tout ou partie de la CdA en une seule commune ?
J’y suis absolument défavorable actuellement. Nos communes ont encore leur spécificité, comme nous le rappelons dans le projet de SCoT [le Schéma de Cohérence Territoriale, ndlr]. La CdA avec ses avantages et ses inconvénients est aujourd’hui adaptée à l’unité comme à la diversité de notre territoire. Son plus grand avantage c’est que la CdA peut s’adapter à la volonté politique commune ce que ne permettrait pas une autre structure. Chaque communauté répond aux analyses politiques des territoires qui se construisent en privilégiant ce qui est souhaité localement.
Sait-on à quoi ressemblerait une réforme « radicale » des collectivités ?
L’objectif de la décentralisation doit être de rendre plus efficace l’action publique en maîtrisant les coûts. Chaque échelon territorial devrait avoir des blocs de compétences affirmés et les rôles de chef de file précisés. Les collectivités devraient avoir la maîtrise d’une large part de leurs ressources fiscales et parallèlement un système de péréquation partiel assuré par l’Etat. Enfin, une large autonomie des choix politiques locaux doit être favorisée. Cela ne nécessite de modifications ni des collectivités, ni des modes de scrutin. En résumé, l’exact contraire de ce qui est fait actuellement par la Président de la République.
Interview faite par Pierre Garrat, les 27, 28 et 29 novembre 2009.

Dommage que la « parole radicale de gauche » ne soit pas mieux relayée dans les médias.
Elle a toute sa place ici !
Le PRG a toute sa place dans l’échiquier politique, tant les idées sont cohérentes et justes .
les propos de Yann JUIN résument le sentiment partagés par tous. Donc : faire suivre au plus grand nombre !
Un reportage sur les radicaux de gauche de Charnete-maritime a été diffusé par France 3 Poitou-charentes il y a un mois environ…
Très gentil d’entrevoir une alliance avec le MODEM … dans la mesure où aucun accord n’a été possible avec le PS ou Europe écologie.
Je crains qu’actuellement la démarche soit un peu tardive et que le MODEM et le PRG ne représentent plus que des mouvements fortement handicapés.
Dans l’avenir, il serait souhaitable d’avoir des actions de rapprochement autrement plus spontanées. Le jeu du poker menteur n’est plus guère crédible.
@ marcadier: tout à fait d’accord. Le coche a été loupé au moment des euorpéennes de réunir la grande famille centriste alors qu’au Sénat les groupes RDSE et Union centristes sont trés trés proches et parlaient même de fusionner dans la perspective des sénatoriales de 2011.
Vous l’avouez vous meme. 0.01 % de l’électorat pense à la charrette à 1 roue du PS moribond !!!! laissez donc vos élues moribonds manger dans la bonne soupe comme ils en révent: Giaccobi Baylet ect….vous ne servez à rien dans l’échiqier !!!
effectivement l’humanisme radical n’a rien de commun avec vos propos haineux.