Friday 03 December 2010

Gauche : divisions à tous les étages !

Publié le 20. nov, 2009 par Pierre Garrat dans Éditoriaux

Mais que se passe-t-il dans les trois principales forces de gauche à quatre mois des élections régionales ? Chez les socialistes, les communistes mais aussi chez les écologistes, la composition des listes est complexe. Les divisions qui traversent les partis de la majorité régionale sont étalées au grand jour.

Depuis deux semaines maintenant, la gauche régionale est en surchauffe et tout commence au Parti Communiste Français(PCF). On attend depuis des semaines la décision du parti pour le premier tour des régionales : Parti Socialiste (PS) ou Front de Gauche (FdG) ? Les délégués régionaux ont donné récemment leur réponse. Ils privilégient l’alliance avec le PS. Mais voilà, on est loin de l’unanimité. Seul les délégués des militants de la Charente-Maritime on soutenu l’union avec la présidente de Région sortante dès le premier tour. Or, au « conseil régional » du PCF, la Charente-Maritime représente, à elle seule, plus de délégués que les trois autres départements réunis (le nombre de délégués est proportionnel au nombre d’encartés). Depuis cette décision, de nombreux militants ont fait savoir qu’ils ne soutiendraient pas une liste PS/PCF au premier tour. Ils se tourneraient alors vers une éventuelle liste du Parti de Gauche (PdG), peut-être allié pour l’occasion avec le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA). Le PdG ne cesse pas ses appels du pied aux militants communistes qui doivent se prononcer ce week-end. Quelle que soit leur réponse, la suite sera difficile pour le PCF. Soit les militants ratifient la décision de leurs délégués, et alors nombreux sont ceux qui risquent de quitter le navire, soit ils refusent, et la direction locale du Parti Communiste est totalement délégitimée.

Le cocktail écolo.

Dans la mouvance écologiste, après les 98 % donnés à la stratégie autonomiste par les militants au mois d’octobre, on pouvait penser que tout roulait. L’autonomie ne fait pas que des heureux. Depuis plusieurs jours, on savait que Ségolène Royal cherchait à « débaucher » des écologistes pour ses listes, dès le premier tour. La rumeur parlait d’abord de la poitevine et conseillère verte sortante, Marie Legrand, mais c’est le nom d’Alain Bucherie qui a été officialisé. Il est conseiller municipal Verts à La Rochelle depuis 1995 et aujourd’hui adjoint. On ne sait pas encore s’il fera des émules, ni si’il sera sanctionné par son parti.

Mais le principal problème c’est que l’attelage Europe-Ecologie (EE) est fragile. C’est un savant équilibre entre membres du parti des Verts et membres des différents mouvements qui participent à la coalition EE. Cécile Duflot, la secrétaire nationale des Verts, à récemment réaffirmé que les listes devaient être composées à 50 % de Verts et à 50 % de « non-Verts ». Il faut ajouter à cela la parité homme-femme, la place des sortants et la juste représentation de tous les territoires. Un vrai casse-tête. Samedi dernier, les Verts et les non-Verts étaient réunis à Poitiers pour désigner leurs chefs de file dans les départements et au niveau régional. Pour les non initiés, c’est le brouillard, car les deux entités ont, à chaque fois, désigné des « couples », sans préciser les ordres. Au niveau régional, si Françoise Coutant (adjointe au maire d’Angoulême) l’a largement emporté face à Serge Morin (vice-président de la Région sortant), rien n’est fini ! Il faudra attendre la toute fin du mois que les choix, et surtout les ordres sur les différentes listes, soient définitivement fixés sur les différentes listes.

La guerre des deux roses.

Mais le casse-tête est surtout du côté du Parti Socialiste. Visiblement, novembre n’est pas son mois préféré. On jouait « Back to Reims » lundi soir à Saintes, à l’occasion du conseil fédéral (CF) du parti, sorte de « parlement départemental ». Un an après le sanglant congrès dont les cicatrices ne sont visiblement pas refermées, les dirigeants locaux ont décidé d’imiter leurs alter-ego nationaux. Revenons quelques jours en arrière. Il y a deux semaines, Ségolène Royal, désignée début octobre par les militants pour mener la liste socialiste, a fait ses propositions. En Charente-Maritime, c’est le duo Denis Leroy/Françoise Mesnard qui avait sa préférence. Certains militants ont tiqué au nom de Denis Leroy, déjà conseiller municipal de La Rochelle, vice-président de la Communauté d’Agglomération (CdA) et conseiller général. Au même moment, Olivier Falorni, le secrétaire fédéral du parti, exprimait l’envie de mener également la liste dans le département.

Denis Leroy laisse sa place de tête de liste à Maryline Simoné. (photo : Sud-Ouest)

Denis Leroy laisse sa place de tête de liste à Maryline Simoné. (photo : Sud-Ouest)

C’est maintenant que, pour les non-initiés, les choses deviennent compliqué à comprendre.  Les évènements ont pris une tournure « grave » au sein du PS quand Olivier Falorni a présenté sa propre liste en voulant la soumettre à l’approbation du CF. A la liste Leroy/Mesnard, on reproche la trop grande place faite aux membres de « Désir d’Avenir », le club de réflexion de Ségolène Royal, et la présence de « multi-cumulards ». La liste Falorni est critiquée parce que c’est elle qui crée la division, on stigmatise l’initiative personnelle de l’adjoint aux finances de La Rochelle. On a d’ailleurs senti Maxime Bono, le maire de La Rochelle, a visiblement été agacé par la longue intervention de son adjoint, lors du conseil municipal de lundi, qui précédait de peu le conseil fédéral du PS. Ce fameux conseil est composé des délégués issus des motions du congrès. Dans le département, c’est la motion Royal qui a raflé 55 % des sièges en novembre 2008. Mais, lors de l’élection du secrétaire fédéral, les militants ont choisi le sortant Olivier Falorni, qui n’avait soutenu aucune motion dans la campagne interne. Il battait le candidat « ségoléniste », David Baudon. Les cartes au sein du CF ont été complètement rebattues lundi soir et c’est la liste Falorni qui a été désignée comme « officielle » par 53 % des délégués. Incroyable ! En toute logique, il y a donc des élus de la motion Royal qui sont passés dans le « camp Falorni ». Mais d’après nos informations, ce n’est pas aussi simple : des élus d’autres motions seraient passés dans le « camp Royal » pour faire blocage à l’initiative du secrétaire fédéral. En vain donc.

On n’était pourtant pas au bout de nos surprises. Denis Leroy, en effet, a décidé de maintenir sa liste pour le vote des militants. Mais, pour déminer le terrain, il a laissé sa place de tête de liste à Maryline Simonet, elle aussi vice-présidente de la CdA. De cette façon, aucun des membres éligibles de la liste n’est en position d’infraction à la loi actuelle sur le cumul des mandats. Impossible de dire ce que sera le résultat de la primaire. Une chose est sûre, la droite, elle, partira unie au premier tour et sera en ordre de marche dès la 6 décembre, seulement trois jours après le vote des militants socialistes.

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