La campagne ne sera pas un long fleuve tranquille.

Ségolène Royal au milieu des deux candidats à la tête de liste départementale : Olivier Falorni (à gauche) et Denis Leroy (à droite). (photo : Sud-Ouest)
La plupart des analystes sont d’accord sur le sujet : l’élection régionale en Poitou-Charentes n’est pas encore gagnée pour Ségolène Royal. Si, il y a à peine un mois, tout le monde, et les barons de l’UMP les premiers, auraient tout misé sur une réélection facile de la sortante, aujourd’hui, il y a débat.
En ce début novembre, il n’y a pas péril dans la demeure, mais quelques couac font tache et grippent un peu la mécanique socialiste. Il y a plusieurs raisons à cela. Pour la presse, et notamment Sud-Ouest, le premier problème sur la route de Ségolène Royal, c’est la candidature de Dominique Bussereau en lieu et place de celle d’Henri de Richemont. C’est vrai qu’une campagne contre le leader actuel de l’opposition au Conseil régional aurait sans doute été plus calme, pour ne pas dire tranquille. Avec le secrétaire d’Etat, en revanche, elle ne fait pas face à la droite qui a les mains dans le cambouis régional, mais à la droite revancharde de sa lourde défaite de 2004. Cela permet de prévoir une campagne un peu plus mouvementé. Néanmoins, d’ici à dire qu’une candidature du charentais-maritime compromet sérieusement une réélection de Ségolène Royal, il y a un pas que nous ne franchirons pas. En effet, déjà multi-cumulard, il part d’autant plus affaiblis dans la campagne qu’il n’a absolument pas envi de mener. Heureux dans son secrétariat d’Etat à Paris, et tranquille dans son Conseil général à La Rochelle, la bataille régionale n’est une entrave mise dans ses pieds par le Président de la République.
Tumultes dans la majorité.
Le séparatisme des Verts est un problème bien plus important. Mi-octobre, vous le savez sans doute, les verts picto-charentais ont décidé de partir seuls, du moins au premier tour. Pourtant, la Présidente de région n’a pas lésiné sur les moyens. Elle leur a proposé un élu en plus par département (soit quatre de plus) et la première vice-présidence. Les Verts seraient ainsi passés de 7 à 11 élus, en cas de victoire, soit un bon de 12,7 % à 20 % du Conseil régional. Avec une victoire comparable à celle de 2004, les écologistes auraient obtenu une minorité de blocage, la majorité étant impossible à réunir sans leurs voix. Aucun des deux groupes vert ou communiste n’a cette force aujourd’hui. Le groupe socialiste et radical phagocytant la majorité actuelle avec 24 sièges sur 37. L’ancienne candidate à la présidentielle a, visiblement, été extrêmement déçue de se revirement des Verts alors qu’ils applaudissent son bilan. Alors, Ségolène Royal n’a pas décidé de jouer l’apaisement. Sont choix semble d’axer sa campagne sur sa politique environnementale. Stratégie risquée car elle pourrait pousser la futur liste Europe-Ecologie Poitou-Charentes à se différencier encore plus. De cette manière, les réconciliations d’entre-deux-tours pourraient être difficiles. La socialiste a aussi annoncé qu’il y aurait sur sa liste des personnalités vertes en rupture de ban et que leurs places ne seraient pas négociables dans les discutions pour les fusions.
Toujours dans sa majorité, les communistes posent problème. Ils n’ont toujours pas décidé de leur attitude pour le premier tour des régionales. Comme nous l’avons dit il y a quelque jour, les élus refusent toujours un vote des militants. Tout porte à penser que l’on se dirige vers une alliance du PCF avec le PS, dès le premier tour. Néanmoins, d’après nos informations, de nombreux militants communistes seraient prêt à partir soutenir une liste Parti de Gauche – NPA, dans la droite ligne de Front de Gauche, qui se constituerait alors. On devrait être fixé d’ici la fin du mois de novembre.
Les méandres du fleuve rose.
Enfin, et c’est nouveau, les nuages s’amoncellent à l’intérieur même du Parti Socialiste. Les différents médias régionaux se faisaient d’écho, hier et avant-hier, des choix de Ségolène Royal sur les têtes de listes départementales pour les régionales. Il ne devrait pas y avoir de problèmes dans les Deux-Sèvres, où elle sera elle-même candidate, ni dans la Vienne, où Jean-François Macaire, le premier fédéral, ne devrait pas avoir d’opposition. Ce sont les deux départements charentais qui posent problème. En Charente, elle soutien le sortant Michel Gourinchas, devenu, entre temps, maire de Cognac. Ce nom fait, là aussi, l’unanimité, mais la composition de la liste risque d’être plus difficile. C’est en Charente-Maritime que les évènements pourraient prendre une tournure bien plus grave. La Présidente de région souhaite pousser un duo Denis Leroy/Françoise Mesnard, des fidèles parmi les fidèles. Cette dernière est sortante et leader de l’opposition à Saint-Jean-d’Angély depuis le retrait de l’ancien maire socialiste, Jean Combes, après la victoire du divers droite, Paul-Henri Denieul, aux municipales de 2008. Elle fut aussi candidate aux européennes sur la liste de Bernadette Vergnaud dans la circonscription ouest. Le nom de Denis Leroy semble, lui, poser plus de problèmes.
La presse relais l’opinion de militants du département qui stigmatisent le fait qu’il occupe déjà de nombreux postes. Il est en effet conseiller municipal de La Rochelle, vice-président de la CdA et conseiller général du canton de La Rochelle-6 (renouvelable en mars 2011). Cette candidature empêcherait, par ailleurs, de continuer à critiquer Dominique Bussereau sur le thème du « sommet du cumulards ». Ce dernier mandat de conseiller général pose un autre problème car il a été acquis, en 2004, à la faveur d’une primaire à gauche entre le PS et le PRG. Pour bien comprendre, il faut revenir en 1999. En mars, le maire radical de gauche, Michel Crépeau, décède. Il est remplacé par le socialiste Maxime Bono, qui été son premier adjoint. En « échange », le PRG reçoit le poste de premier-adjoint, pour René Bénéteau, qu’il occupe toujours aujourd’hui, et le siège de conseiller général que Maxime Bono est obligé de laisser, pour cause de cumul des mandats, de La Rochelle-6, pour Joseph Mallet. En 2004, Joseph Mallet se retire et le PS en profite pour investir un candidat dans le canton, Denis Leroy, face au candidat du PRG, René Bénéteau. Au premier tour, le radical de gauche est largement devancé par le socialiste (20,1 % contre 35,5 %) et se retire. Aujourd’hui, certains s’inquiètent ouvertement de la constitution d’une liste dissidente, à l’initiative, notamment, du PRG. Jean-François Fountaine, qui dirigeait la liste départementale en 2004 et qui s’est retiré cette année à la faveur des nombreuses divergences qu’il a avec la sortante, doit regarder cela avec une certaine malice.
Ségolène Royal semble se sentir malmenée dans un département qui, certes, lui a offert 70 % de ses voix au second tour de l’élection du premier secrétaire, mais qui a été moins « discipliné » par la suite. Le département n’a pas élu le candidat « ségoléniste » à la tête de la fédération, le jeune maire et conseiller général de La Jarne, David Baudon, mais a préféré reconduire le premier fédéral sortant, Olivier Falorni, qui n’avait soutenu aucune motion lors du congrès. Il est aujourd’hui, lui aussi, candidat à la tête de liste départementale. A La Rochelle, au moment de l’élection du secrétaire de section, c’est Anne-Laure Jaumouillé, conseillère municipale de La Rochelle depuis 2008, et signataire de la motion menée par Martine Aubry, qui a été élue.
