Le cumul sincère.

Didier Quentin, député-maire UMP de Royan, dans "La Voix est Libre", sur France 3 Poitou-Charentes. (photo : France 3)
On en sait un peu plus sur la stratégie de l’UMP pour la composition de ses listes régionales. Didier Quentin, samedi sur France 3, et Jean-Louis Léonard, mardi dans Sud-Ouest, ont indiqué quelle sera la ligne du parti présidentiel, et le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle est surprenante. L’UMP encourage ouvertement le cumul des mandats, jusqu’à en faire un critère.
Alors, pas question pour les deux députés de la Charente-Maritime de dévoiler une liste détaillée, bien entendu. Mais ils ont tout de même distillé quelques informations qui en disent long. Le maire de Châtelaillon-Plage explique que la nouvelle ligne est en rupture avec le passé. « Avant, on choisissait en fonction de la notoriété, maintenant, nous voulons renouveler le personnel politique et désigner des gens assez jeunes […] ». Le maire de Royan, quand à lui, précise la pensée des stratèges régionaux de l’UMP : « et on demandera à ces futurs élus de s’engager à continuer le combat dans des élections locales, dans d’autres formes d’élections. Il y a une sorte de cursus à remplir. » En plein débat, depuis la rentrée, sur la question du cumul des mandats, l’annonce va tout à fait à contre-courant.
Contradictions.

La maire UMP de Fouras, Sylvie Marcilly, pressentie pour être candidate aux régionales de 2010. (photo : maire de Fouras)
Jean-Louis Léonard donne des exemples de potentiels candidats qui répondent aux critères de renouvellement et de cumul. Il s’agit de Sylvie Marcilly, maire de Fouras depuis 2008, néanmoins déjà candidate en 2001, et d’Hervé Blanchard, le leader de l’opposition de droite au Conseil municipal de Rochefort. Si l’UMP veut prendre des personnalités déjà élues, c’est sans doute pour deux raisons. La première, c’est parce qu’ils ont déjà une expérience du terrain. C’est tout à l’honneur du parti de vouloir capitaliser là-dessus. L’UMP départementale a peut-être appris de l’échec de Dominique Morvant aux municipales de 2008 à La Rochelle. Elle avait, souvenez-vous, fait le choix de se séparer, unilatéralement, ou presque, de ses trois autres collègues de l’opposition sortante, se retrouvant avec une liste totalement inexpérimentée. La seconde, c’est parce que ce sont des gens déjà connus, forcément. On joue donc là sur la notoriété de ses personnalités. La rupture n’est donc pas si flagrante que cela et le député de la deuxième circonscription se contredit, à quelques lignes d’intervalle. Didier Quentin se contredit lui aussi quand il parle, à la fois de renouvellement et d’encouragement à exercer d’autres fonctions électives.

La dernière page du "livret programme " de Dominique Morvant pour les municipales de 2008 à La Rochelle.
Les partis, et notamment les grands, ne sont pas à une contradiction près sur le thème du cumul des mandats. Revenons un instant sur la campagne de l’UMP lors des dernières municipales à La Rochelle. Sur la dernière page du livret programme de la liste de l’opposition, on trouvait les « engagements » de Dominique Morvant. Au milieu d’une photo de campagne sortie des années 90, et de propositions le plus souvent faussement innovantes, on trouvait celle-ci : « Être un maire à plein temps parce que La Rochelle mérite qu’on s’y consacre exclusivement. » « Être un maire à plein temps » promettait donc, en mars 2008, la vice-présidente de la Charente-Maritime (comme cela était inscrit en haut de tout ses documents de campagne), neuf mois après avoir été elle-même candidate pour devenir députée (sic).
L’occasion est trop belle de critiquer la droite sur la question du cumul. Mais la gauche est aussi fortement critiquable sur la question. Une question de plus en plus importante pour le dit renouvellement du personnel politique de notre République. Le cumul des mandats est une maladie qui la sclérose en partie. Néanmoins, force est de contraster que ce grand malade du cumul, qu’est le PS, a commencé à se soigner. De plus, la présidente sortante de la région a été l’une des pionnières sur la question. A la fin de son mandat de députée, en 2007, Ségolène Royal ne s’est pas représentée, comme elle l’avait promis lors des régionales de 2004. Elle n’a plus aujourd’hui que son mandat régional. Une de ses vice-présidente, Catherine Quéré, alors élue députée de la troisième circonscription de la Charente-Maritime, à, elle, démissionnée du Conseil régional. Alors forcément, quand le maire de Royan parle, au sujet du cumul, de « cursus à remplir », loin de la rupture, il renvoi l’UMP des décennies en arrières.
« Modestie et pudeur… »
L’intervention de Didier Quentin, samedi, était l’occasion pour lui de s’exprimer sur la fronde au sein de son Conseil municipal. Globalement, l’édile n’a pas dit grand-chose. Rien de nouveau en tout cas. Il a stigmatisé les élus provenant des anciennes équipes de Philippe Most, le maire de Royan de 1989 à 2006, parlant « d’habitudes » qui avaient été prises et qu’il a voulu stopper. Rien de plus. A la question de Laïd Berritane sur une éventuelle implication de l’ancien maire de Royan dans les désagréments qu’il connait actuellement (on sait que les deux hommes ne s’apprécient guère, et c’est un euphémisme) celui-là répond par une pirouette. Visiblement, il n’y croit pas. Néanmoins, cela n’empêche pas le député-maire de glisser un petit tacle à son ancien concurrent. Continuant la liste des critères pour être un bon candidat UMP aux régionales, il ajoute que les futurs élus devront s’engager à être présent aux séances. « Parmi les sortants, il y en a certains qui ont été très présents […] il y en a d’autres qu’on a jamais vu ! » Philippe Most, critiqué à droite pour son absentéisme à Poitiers au Conseil régional, était, on peut le penser, visé.
Enfin, Didier Quentin a aussi donné son avis sur le choix de la tête de liste pour les futurs régionales. On le sait, Dominique Bussereau a été désigné volontaire par l’Elysée, ce sera officiel à la fin du mois de novembre. Interrogé sur cette contrainte et le peu d’engagement du secrétaire d’Etat aux transports, le maire de Royan parle de modestie et de pudeur par rapport à Henri de Richemont, qui, à ce jour, est encore le chef de file officiel du parti. Pudeur, ce n’est pourtant pas le premier mot qui vient à l’esprit quand on pense à l’attitude de Dominique Bussereau par rapport à l’ancien sénateur de Charente dans les médias, ces derniers mois, quand il oubliait même son existence et demandait ouvertement une candidature de Chantal Jouanno.
