Éditoriaux

1936-2009 : Même combat ? Même alliance ?

Photo de la manifestation du 14 juillet 1935 avec les principaux politique du Front Populaire : Léon Blum, leader socialiste (levant le bras à gauche) ; Maurice Thorez, leader communiste (levant le bras à droite) ; Edouard Daladier, leader radical (entre les deux pérécédents, roulant une cigarette) et Roger Salengros, futur ministre de l'intérieur socialiste (à droite, les bars croisés).

Photo de la manifestation du 14 juillet 1935 avec les principaux chefs du Front Populaire : Léon Blum, leader socialiste (levant le bras à gauche) ; Maurice Thorez, leader communiste (levant le bras à droite) ; Edouard Daladier, leader radical (entre les deux pérécédents, roulant une cigarette) et Roger Salengros, futur ministre de l'intérieur socialiste (à droite, les bars croisés). (photo : DR)

La mobilisation en faveur des jeunes emprisonnés suite aux manifestations violentes du 10 octobre n’a pas, ou peu, faibli. Après le succès de la manifestation silencieuse et apolitique du samedi 17, une manifestation, politisée, cette fois-ci, avait lieu le lundi suivant. Près d’un millier de personne encore une fois, d’après France 3 Poitou-Charentes, ont défilées entre la place d’arme et la place du marché. Depuis, les deux étudiants, autour desquels s’était cristallisée la mobilisation, ont été libéré, sous condition, en attendant le procès en appel.

Au-delà du motif de la manifestation, interrogeons-nous sur les personnes qui se sont rassemblées lundi 19 octobre. A l’origine, l’appel à manifester avait été lancé par le collectif poitevin contre la répression des mouvements sociaux, dont font notamment parti le NPA, le PCF, le PdG (Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon) et les Verts. Mais ce soir là, le Parti Socialiste et le MoDem s’étaient joint à la manifestation. Mieux encore, une déclaration commune des représentants des élus communistes, verts, socialistes, démocrates et de la « gauche alternative » du Conseil municipal de Poitiers a été distribuée. Cette mobilisation et cette union sont, bien sur, symboliques, mais les symboles, c’est important. Par déformation « professionnelle » (et sans doute pour moi, partisane aussi), l’historien voit là un « Front Populaire ». Moment mythifié dans l’histoire de France et surtout celle de la gauche française.

La gauche « arc en ciel ».

Avant les élections de 1936, le « grand moment » de cette coalition, ce fut, déjà, une manifestation. C’est la manifestation du 14 juillet 1935 à Paris. C’est ce qui marque le début du commencement de la formation du Front Populaire et la fin de l’évolution des trois partis politique qui en font parti : le Parti Radical, le Parti Socialiste (la SFIO à l’époque) et le Parti Communiste Français. Aujourd’hui, les partis de gauche, et plus largement, les partis en opposition à la politique du gouvernement, semblent majoritaires. Aux dernières élections européennes, la gauche, dans tout ses tendances, à obtenu 45,32 % contre 41,3 % à la droite. Le MoDem, au centre, mais clairement dans l’opposition au niveau national, rassemblait 8,46 %. Un éventuel Front Populaire « moderne », comme le réclame, plus ou moins ouvertement, des personnalités comme Vincent Peillon (PS), Daniel Cohn-Bendit (Europe-Ecologie), Marielle de Sarnez (MoDem) ou même Robert Hue (PCF), serait donc majoritaire en France.

Mais voilà, la gauche est face à un problème fondamental : sa division. Comme on pouvait s’y attendre, le NPA ne veut absolument pas faire parti de l’attelage d’une gauche de gouvernement, et Maryse Desbourdes, la seule élue NPA du Conseil municipal, a eu la désobligeance de le faire remarquer, quand elle a pris la parole, à la fin de la manifestation unitaire, renvoyant le PS à droite, tel le PCF des années 20. En revanche, les désirs d’autonomie des écologistes et des communistes, même s’ils se limitent au premier tour, surprennent plus. D’un côté, les Verts, au sein d’Europe-Ecologie, paraissent grisés par le succès de leur liste aux européennes. De l’autre, les communistes, se sentent une nouvelle jeunesse grâce à l’illusion d’une renaissance à ces même européennes (le Front de Gauche a réalisé 6,48 % en juin 2009 et le PCF seul, 5,88 % en juin 2004…). N’en déplaise aux « autonomistes », qui jurent que l’union se fera entre les deux tours, l’opposition va parler à trois voix contre une pour la majorité pendant toute la campagne des régionales.

Aux grands maux, les grands remèdes ?

Texte intégral de la déclaration solennelle distribuée lors de la manifestation du 19 octobre 2008, signé par cinq des six partis représentés au Conseil municipal de Poitiers (PS, PCF, Verts, MoDem, NPA).

Texte intégral de la déclaration solennelle distribuée lors de la manifestation du 19 octobre 2008, signée par cinq des six partis représentés au Conseil municipal de Poitiers (PS, PCF, Verts, MoDem, NPA).

Et puis la question de l’ouverture au Mouvement Démocrate se pose aussi. Surtout s’il s’agit de faire cohabiter ceux-là avec le PCF. Mais de futurs exécutifs régionaux, ouvert à toute ces forces politiques pourrait être un galop d’essai pour les prochaines élections nationales. La question n’est pas simple et l’ancienne « gauche plurielle », qui dirige la plupart des régions, pourrait, pour ne pas avoir à régler trop de conflits internes, laisser le MoDem à la porte. Quoi qu’il arrive, il apparait aujourd’hui qu’à la prochaine présidentielle, il est évident que de candidat de l’opposition, quel s’il soit, pour recueillir plus de 50 % des suffrages au second tour, devra rassembler les voix qui se seront portées, au premier tour, sur les candidats de gauche, d’extrême-gauche et du centre.

En 1936, la gauche s’était rassemblée en réaction à ce qu’elle considérait comme une attaque violente contre la République, la manifestation des ligues d’extrême-droite du 6 février 1934, place de la Concorde à Paris, face à la Chambre des Députés. Depuis 2007, la gauche n’a de cesse de d’invoquer les valeurs de la République pour s’opposer à la politique du gouvernement, et cette manifestation unitaire, contre la repression des mouvements sociaux, contre une justice dénoncée comme dépendante du pouvoir, bref, une manifestation de défense républicaine, en est un bon exemple. Si elle ne veut pas que ces attaques apparaissent, dans la campagne de 2012, comme galvaudés, elle ne devra pas parler à trois, quatre, ou cinq voix, mais s’unir, pour montrer que le moment est grave et le choix fondamental.

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4 réponses à “1936-2009 : Même combat ? Même alliance ?”

  1. Dans 26 octobre 2009 à 23:27 A. Eutopos répondu avec... #

    L’idée est bonne, elle sonne bien et j’irai même jusqu’à dire qu’elle paraît en effet être la solution la plus raisonnable et la plus consistante, seulement, il ne faudrait pas oublier que tout rassemblement repose sur la création d’un espace de dialogue commun et que malheureusement je ne vois vraiment pas comment un parti qui prône la moralisation du capitalisme et un socialisme libéral puisse jamais s’entendre avec celui qui refuse en bloc ce dit système et toute forme de libéralisme économique. Sans doute la gauche de la rose a-t-elle trop évoluée depuis 1936 pour se reconnaître encore dans des valeurs qu’elle a pu défendre il fut un temps, mais qui aujourd’hui ne sont plus les siennes. Alors comment éviter le dialogue de sourd ? Si coalition il y a, pour moi, elle se fera sans le PS ou sans le NPA.

  2. Dans 26 octobre 2009 à 23:38 Pierre Garrat répondu avec... #

    Reste à savoir s’il vaut mieux se séparer du parti qui rassemble entre un tiers et les trois quarts des voix de gauche à chaque élection ou celui qui ne représente qu’entre 5 et 10 % des voix de gauche.

  3. Dans 27 novembre 2009 à 11:23 Thomas Roudier répondu avec... #

    Salut à vous !

    Je vais réagir en tant qu’historien. Le notion de front populaire ne peut se réaliser aujourd’hui, ou même une « union » au sens plus large de la gauche :
    dans les années 30 et jusqu’à récemment, les partis politiques étaient des entités extrêmement puissantes et respectées. Il y avait une opinion qui émanait du PS (SFIO) et une opinion qui venait des communistes. Même les « courant » comme les jeunes Turcs de Mendès France soutenaient la ligne politique du parti. Aujourd’hui, chaque personnalité à son courant, qui au final se révèle presque un parti politique a part entière, des opinions politiques aux antipodes les unes des autres, un semblant d’autorité de la secrétaire générale etc…

    Autre point important, c’est l’idéologie du ralliement : Dans le cas du FP, il s’agissait de faire barrage aux « hordes fascistes » (Blum) alors qu’ici il ne s’agit juste que de faire barrage à Nicolas Sarkozy : Aussi critiquable qui peut l’être il ne représente pas le même danger pour la République.
    Et quand bien même la gauche réussirait à s’unir, qui serait à la tête de ce mouvement ? Les mêmes problèmes ressurgirai, exacerbés par l’attrait du pouvoir, car, comme tu l’as dit, la majorité des français votent à gauche !
    La gauche doit donc attendre un futur Mitterrand plutôt qu’un nouveau de LaRoque pour reprendre la main en France.

  4. Dans 27 novembre 2009 à 11:43 Pierre Garrat répondu avec... #

    Je partage tout à fait ton analyse, notamment sur la question du parallèle que je fais entre la lutte contre « la montée des périls » et l’opposition à la politique de Sarkozy. Il ne s’agit pas de renvoyer l’actuel Président de la République dans le camp des ligues, mais de prendre au mot ceux qui le font. Une sorte de défi : si vous pensez qu’effectivement Sarkozy c’est ça, alors voilà comment la gauche à régit dans le passé, par l’union très large, pas par la division entre la gauche « alternative » et la gauche « de gouvernement ».

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