Européennes en trompe l’œil en Charente-Maritime.
Halte à l’intoxication électorale ! Le 8 juin, au lendemain des élections européennes, le journal titrait dans son édition locale « La majorité renforcée », au sujet du scrutin de la veille dans le département de la Charente-Maritime. Or, la droite perd près de sept points et, si la gauche n’est pas au mieux, la droite, elle, réalise, comme à La Rochelle, très certainement son pire score sous la Vème République.
Les cartes et tableaux de résultats sont disponible sur notre page résultat (ici), n’hésiez pas à les consulter pour illustrer votre lecture.
En voix, la droite chute alors que la gauche résiste.
Il n’y a pas péril dans la demeure à droite. L’addition des listes UMP-NC, Libertas, DLR et FN lui donne toujours une majorité en voix et en cantons. Seulement voilà, la majorité en voix, qui était absolue en 2004, n’est plus que relative. Avec 45,01 % des voix, la droite, dans son ensemble, du centre-droit, à l’extrême-droite, perd 6,47 points, presque autant que sur la seule ville de La Rochelle. Il y a cinq ans, la majorité caracolait en tête avec 51,47 %. Depuis les régionales de 1992, date à partir de laquelle j’ai les résultats des élections sans interruptions jusqu’à aujourd’hui, la droite n’était passé qu’à deux reprises sous la barre symbolique des 50,0 % à un premier tour : lors des législatives de 1997 (49,61 %) et de la présidentielle de 2007 (45,11 %). Même lors du raz de marée rose des régionales de 2004, la droite charentaise-maritime avait résistée, du moins au premier tour. Le record de cette élection pour la droite est détenu, presque comme d’habitude, par Ars-en-Ré, avec près de 60,0 % des voix. Tout près de là, à La Rochelle, c’est plus compliqué dans les canton 2 et 6 avec moins de 32,0 %.
La gauche baisse aussi mais force est de constater qu’elle sauve les meubles par rapport à la majorité qui subie un net recul. En cinq ans, elle ne perd « que » 2,75 points, passant de 45,66 à 42,92 %. S’il y a baisse, c’est tout de même un bon score pour la gauche au regard de l’histoire. C’est son 5ème meilleur score depuis 1992 (14 scrutins). Elle est aussi nettement au dessus des autres rendez-vous européens de 1994 et 1999, où elle tournait alors autour de la barre des 40,0 %. Cette baisse mesurée a son importance car elle arrive à un moment où la droite, elle, chute. Du coup, l’écart entre les deux blocs se réduit significativement : il n’est plus que de 2,09 points en faveur de la droite contre 5,81 il y a cinq ans. C’est tout simplement le plus faible écart enregistré lors d’une élection en Charente-Maritime au moins depuis 1992. Comme toujours, ce sont les cantons rochelais qui lui apporte ses meilleurs scores et notamment le deuxième où 58,25 % des votants se sont retrouvés sur une des listes se réclamant de la gauche. En revanche, c’est toujours dans l’agglomération royannaise que le bas blesse, les deux cantons de Royan donnent parmi leur moins bons scores aux listes de gauche : 32,68 % pour l’est, 32,93 % pour l’ouest. Pas question néanmoins de détrôner Ars-en-Ré avec ses 31,45 % en faveur de la gauche.
Le MoDem, quand à lui, est stable par rapport aux élections législatives de 2007. Il est impossible de comparer les scores du MoDem de cette année avec celle de son ancêtre, l’UDF, en 2004, nous n’avons donc comme indications que la présidentielle et les législatives de 2007, les municipales et cantonales de 2008 ne pouvant être de bons indicateurs. De 7,19 % lors du premier tour des législatives de juin 2007, le parti de François Bayrou passe à 6,93 %. Il frôle les 10,0 % dans deux cantons de la quatrième circonscription : Archiac (9,30 %) et Jonzac (9,83 %). C’est en revanche plus difficile des les quartiers populaires rochelais, le MoDem plafonne à 5,25 % dans La Rochelle-2. Dans le canton d’Aulnay, le seul détenu depuis mars 2008 par un centriste, il n’y a pas d’effet bonus particulier, la liste de Sylvie Goulard y réalise même l’un de ses pires scores avec 5,63 %. Les autres listes recueillent 5,15 % dont 4,31 % pour la seule liste de l’Alliance Ecologiste Indépendante, menée par Eva Roy. Un net succès pour la liste soutenue par Jean-Noël Debroise, candidat de Génération Ecologie (parti membre de l’alliance) dans la première circonscription lors des législatives de 2007. Il n’avait alors obtenu que 1,27 %.
En cantons, la droite conserve sa majorité absolue en perdant 6 cantons aux profits de la gauche.
Le coup dur est moins prononcé pour la droite dans les résultats des européennes en termes de cantons. Cette fois-ci, elle conserve la majorité absolue : elle arrive en tête dans 30 cantons dont 10 avec la majorité absolue. C’est une nette baisse de 6 cantons. De plus, en 2004, sur les 36 cantons où la droite arrivait en tête, elle obtenait la majorité absolue dans pas moins de 33. Néanmoins, 30 c’est toujours trois de plus que dans l’actuel conseil général. Dans ces 30 on retrouve 23 cantons qui sont représenté par un conseiller général de droite dans l’assemblée départementale. Les 7 autres cantons sont actuellement représentés par la gauche ou le MoDem (Aigrefeuille-d’Aunis, Archiac, Aulnay, Courçon, Marans, Rochefort-nord et Saujon). Dans aucun canton la droite ne progresse, elle ne prend non plus aucuns cantons où la gauche était arrivée en tête aux européennes de 2004. Notons néanmoins qu’il y a 8 cantons où, contrairement au département tout entier, la droite baisse moins vite que la gauche et donc accroit son avance ou réduit son retard sur elle (Aigrefeuille-d’Aunis, Aytré, Jonzac, La Rochelle-3, La Rochelle-8, Marans, Royan-est et Royan-ouest).
La gauche peut se réjouir, tout en baissant un peu au niveau départemental, elle chipe la première place à la droite dans 6 cantons de plus qu’en 2004 (Burie, La Rochelle-4, Montlieu-la-Garde, Rochefort-centre, Saint-Jean-d’Angély et Surgères) soit un total de 21 (deux de moins que dans l’actuel conseil général). Ces gains cantonaux confirmes des tendances lourdes, outre les deux cantons actuellement détenus par des conseillers de gauche, les autres le sont par la droite et depuis plusieurs années on sent à chaque scrutin des poussée de la gauche dans ces cantons, aussi bien ruraux (Montlieu-la-Garde) qu’urbains (Rochefort-centre). La gauche conserve la tête dans les 15 cantons où elle la détenait déjà en 2004, néanmoins, trois de ceux-là lui donne les majorités moins fortes (Aytré, La Rochelle-3 et La Rochelle-8), les autres l’accentue. Enfin, sur les 21 cantons où la gauche est majoritaire on en retrouve 16 représentés actuellement par un conseiller général de gauche et 5 représenté par un conseiller général de droite (Aytré et La Rochelle-4, en plus des 3 autres déjà cité plus haut).
Le fait de cette élection, entre droite et gauche, c’est tout de même le nombre impressionnant de cantons où l’écart entre les deux blocs évolue en faveur de la gauche : ils sont 43. Dans 12 de ceux là, elle accroit son avance sur la droite, dans 25 elle y réduit son retard, enfin elle fait basculer la majorité dans 6 autres cantons, déjà cités. Dans 6 cantons, l’écart évolue en faveur de la gauche de plus de 10 points : à Courçon il est presque réduit à néant (+1,33 pour la droite) ; au Château-d’Oléron et à Mirambeau il est divisé par deux (respectivement +10,94 et +10,30 pour la droite). Le score le plus gros est obtenu dans le canton de Marennes où gauche et droite ne sont plus séparés « que » par 7,32 points contre 21,45 il y a cinq ans, plus de 14 points de différence. De plus ici, non seulement la droite baisse (-12,02) mais en plus la gauche progresse (+2,11). Il n’y a que 8 cantons qui voient la gauche progresser et c’est ici que les gains sont les plus nets. Alors, pourquoi ici ? Et bien, la réponse est peut-être à chercher dans le résultat des municipales de 2008 dans la commune de Marennes. Dans cette commune de droite, la gauche à pris le pouvoir à la faveur d’une triangulaire entre deux listes de droite et une liste de gauche. Certes, en mars 2008, Mickael Vallet, le candidat divers-gauche, ne l’à pas emporté avec plus de 50,0 % des voix et la droite restait majoritaire en voix mais force est de constater qu’un plus d’un an après les municipales il y a peut-être à Marennes et dans le canton un « effet Vallet ». S’il reste du chemin à parcourir pour la gauche ici, peut-être qu’en 2011, lors du prochain renouvellement cantonal, l’opposition aurait une carte à jouer.

